vendredi 30 décembre 2016

Récompenser l'intention avant l'acte

Quand on demande quelque chose à notre cheval, on souhaite le récompenser dès qu'il fait ce que l'on souhaite. C'est ainsi qu'il apprend à répondre à nos demandes.

La récompense peut être directe, comme d'offrir une friandise ou de caresser le cheval. Il se peut aussi que la demande s'accompagne d'une pression ou d'un inconfort, et alors la récompense sera de cesser la pression et donc d'offrir du confort.  Le confort est une forte motivation pour le cheval et ce mode d'apprentissage est efficace et souvent employé.

Quelle que soit la forme de la récompense, on recommande de l'offrir dès que le cheval fournit la réponse attendue. L'objectif est que le cheval puisse associer son acte et la récompense correspondante.

Cependant, nous devons considérer qu'avant d'agir, le cheval décide d'agir. Alors que devons-nous récompenser en réalité? Le fait qu'il a fourni la réponse demandée ou le fait qu'il a décidé de le faire?

Si la récompense doit survenir le plus rapidement possible pour un meilleur apprentissage, alors récompensons sa bonne décision, sans attendre qu'il s'exécute.

Si nous demandons en utilisant une forme de pression, le fait de cesser la pression récompense le cheval dès qu'il prend la bonne décision, mais également cela lui permet de fournir la réponse sans être gêné par une demande qui est devenue inutile.

Autrement dit, quand le cheval a compris notre demande, qu'il a décidé d'y répondre de la manière attendue, alors le mieux est de se tenir à l'écart. Il pourra alors s'exprimer librement et sans contrainte, et il pourra y mettre plus de cœur. Il sera aussi plus réceptif pour recevoir la prochaine demande.

Pour ceci, devons-nous lire dans les pensées du cheval? Aucune magie dans tout cela, car avant de bouger ses pieds, le corps du cheval se prépare au mouvement. Ceci intervient dès que le cheval prend sa décision. Il suffit d'être attentif à ce changement dans son corps.

Récompensez le recul avant que le cheval ne recule

Si par exemple, vous demandez à un cheval de reculer, vous utilisez la pression de la rêne pour demander ce recul, et vous attendez. Dès que le cheval décide de reculer, il va commencer par reporter légèrement son poids vers l'arrière. Ensuite, il va bouger un antérieur et le postérieur opposé. Il suffit de relâcher la pression dans la rêne au moment où le report de poids est perceptible et ensuite vous le laissez bouger ses pieds.

Plus nous saurons récompenser la bonne décision du cheval avant même qu'il ne bouge ses pieds, et plus il sera motivé pour répondre à nos demandes.

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jeudi 22 décembre 2016

Confort et inconfort

Concernant l'éducation d'un cheval, on parle parfois du principe de confort/inconfort. Quand le cheval fait ce que l'on souhaite, on lui offre du confort et si au contraire il fait quelque chose que l'on ne souhaite pas, on lui cause de l'inconfort. Le cheval étant fortement motivé par le confort, il doit finir par adopter le comportement souhaité.

Ce principe, a été formulé par les "horsemen" américain Tom Dorrance et Ray Hunt, sous la forme "make the right thing easy and the wrong thing difficult". Il a depuis été adopté par de nombreux hommes de chevaux des deux côtés de l'Atlantique. C'est en particulier un des plus importants principes utilisés dans ce que l'on nomme aujourd'hui l'équitation "éthologique".



Pour que ce principe ne soit pas limité à la version moderne de la carotte et du bâton, il peut être intéressant de comprendre plus en détail comment l'appliquer.

L'idée est de ne pas forcer le cheval à donner la réponse attendue, pas plus qu'il s'agit de punir des réponses qui seraient "incorrectes". Il s'agit de créer une situation où le cheval peut librement explorer différentes options. Quand la réponse qu'il fournit n'est pas celle que nous souhaitons, l'inconfort lui permet de comprendre que ce n'est pas la bonne solution. On lui laisse donc commettre des "erreurs", et sans punition, il y renoncera de lui-même sans ressentiment, puis recherchera une autre solution. Quand il fournit la réponse attendue, il est récompensé par le confort, et donc il va adopter ce comportement qui lui est bénéfique. Dans ce processus, on s'adresse à son cerveau et on le laisse exercer son jugement : l'objectif est qu'il trouve la solution de lui-même et qu'il fasse le choix d'y adhérer.

Ceci impose de laisser au cheval le temps nécessaire et de créer une atmosphère de calme lui permettant d'apprendre sereinement. Si on tente de "presser" le cheval pour qu'il fournisse la bonne réponse rapidement, il n'apprend pas réellement mais cède à vos directives. Si vous attendez le temps nécessaire, quand il répondra, ce sera réellement son idée. Il faut parfois beaucoup de patience.

Quand on parle d'inconfort, on peut penser qu'il s'agit d'utiliser un inconfort pour contraindre le cheval à faire ce que l'on souhaite. Rien n'est plus inexact : nous devons au contraire aider le cheval à comprendre et la véritable compréhension ne naît pas de la contrainte. Nous devons toujours utiliser la pression la plus légère possible, même si parfois le plus léger possible, c'est d'être assez ferme pour que le message passe.

L'inconfort ne sera jamais plus efficace que si le cheval ait l'impression de s'appliquer de la pression à lui-même. Si nous, nous aidons le cheval et que pour le reste, il croit se mettre en difficulté lui-même quand il fait un mauvais choix, alors nous avons un rôle qui est toujours positif.
Pour qu'un cheval prenne confiance et conserve sa motivation, on ne doit pas créer une situation dans laquelle il aurait trop de difficultés à trouver la bonne solution. Il doit être mis dans un contexte adapté dans le lequel il trouvera la solution facilement. C'est notre responsabilité de rendre les choses compréhensibles pour le cheval et de ne pas le mettre dans une situation qui serait incompréhensible pour lui. C'est ainsi qu'il apprend lentement mais sûrement et qu'il prend confiance en lui, car il réussit à apprendre.

Plus l'apprentissage est une bonne expérience qui fait appel à son initiative en respectant son rythme, plus le cheval pourra être confiant et s'appuyer sur sa curiosité naturelle. Il développera alors sa capacité d'apprentissage.

Plus nous demandons au cheval des choses correspondant à un véritable travail dont il peut percevoir le sens, plus il comprendra facilement ce qu'on attend de lui.

Si nous lui proposons des activités riches et variées et lui laissons la capacité de s'exprimer, il maintiendra son enthousiasme.  Si l'apprentissage n'est fondé que sur la répétition excessive de quelques exercices précis, il perdra sa motivation.

Dans le confort que nous pouvons offrir, il y a aussi le fait de rassurer le cheval. Le cheval cherche la sécurité et si nous pouvons le rasséréner vis-à-vis de la situation et de nous-même, c'est aussi une récompense pour lui.

Il y a une  différence entre aider le cheval et assister le cheval. Mieux nous saurons nous mettre en retrait et le laisser mettre en œuvre ses propres moyens, plus il sera motivé et confiant.

Si nous avons une idée claire de ce que nous demandons au cheval, de ce qu'il est susceptible de faire, en bien ou en mal, plus nous seront apte à l'aider efficacement et à proposer confort ou inconfort au bon moment.

Si nous sommes à même de comprendre le cheval en tant qu'individu, de savoir ce qu'il ressent, nous pouvons lui proposer ce qui sera le plus adapté pour lui, aussi bien concernant la situation qu'on lui propose, que notre présentation que la manière dont on offre le confort et l'inconfort. Il y a toute une variété de situations et de chevaux et chaque application du principe de confort/inconfort est spécifique.

On rapproche souvent le principe de confort/inconfort du conditionnement opérant décrit dans la théorie de l'apprentissage. Cette théorie scientifique prouvée  s'intéresse au comportement exclusivement. Cependant, pour sa bonne application, on ne peut pas se limiter à la surface visible du comportement observable ; il est nécessaire de chercher à ressentir ce qui se passe au sein du cheval pour fonder notre relation sur la compréhension.

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vendredi 16 décembre 2016

Passer par son cerveau...

Quand on monte un cheval, on souhaite qu'il fasse ce que l'on souhaite. Le cavalier et le cheval doivent fonctionner ensemble, dans un partenariat où l'homme apporterait son cerveau et le cheval sa puissance physique. Notre cerveau dirige, et son corps est comme une extension de notre propre corps.

Cependant si nous avons un cerveau, le cheval en a aussi un. Il a aussi ses sentiments, ses pensées, son caractère et sa sensibilité. Et c'est son cerveau qui contrôle son corps, pas le nôtre.

Dans ce partenariat entre l'homme et le cheval, il n'y a donc pas un seul cerveau, mais bien deux.

Lui aussi, il a un cerveau!

Pour agir ensemble, ces deux cerveaux doivent communiquer et s'accorder. Autrement dit, notre idée doit devenir l'idée du cheval, et c'est quand les deux ont le même objectif que le cheval agira en donnant le meilleur de lui-même. Il agira sans résistance et nous n'avons plus qu'à le laisser libre de faire ce que l'on souhaite.

Cet accord ne peut pas arriver du jour au lendemain. Même si le cheval a naturellement envie de nous suivre, la relation ne peut que se construire graduellement. Cela demande un effort du cheval et cela demande un effort de la part du cavalier, qui est spécifique à chaque cheval.

Tout cela prend du temps.

La tentation est alors forte d'obtenir un résultat plus rapidement. Pour ceci, on va vouloir contrôler le corps et les pieds du cheval plus directement.

Plus directement, cela veut dire sans chercher l'accord avec le cerveau du cheval, et donc en imposant directement notre volonté.

On peut forcer le cheval avec nos mains et nos jambes quand on le monte. On peut aussi le forcer à l'aide d'un dispositif visant à le contraindre à adopter une position particulière. Plus on force le cheval, moins on lui laisse de possibilités de faire des choix, et alors on ne considère plus ses sentiments. Si on souhaite le dominer et le contrôler sans le convaincre, il ne reste plus qu'une relation mécanique, et c'est n'est plus un partenariat. Le cheval s'exécutera peut-être, mais il le fera sans enthousiasme.

Bien sûr, au début, pour installer la communication, on utilise la pression pour guider le cheval, mais on utilise aussi le confort pour le récompenser quand il trouve la bonne solution. Ce faisant, au fur et mesure, on peut diminuer la pression et bientôt les aides peuvent devenir très légères. Elles deviennent alors  uniquement des signaux discrets supportant la communication. Il y a une différence entre utiliser la pression pour créer une relation bienveillante et utiliser la pression pour contraindre le cheval dans le but d'obtenir un résultat.

Si nous sommes à l'écoute du cheval et si nous souhaitons fonder notre relation sur la communication, alors, en retour, le cheval sera réceptif et cherchera à communiquer avec nous. Si notre attitude est d'imposer directement notre volonté et de contraindre le cheval à délivrer un résultat, alors le cheval perdra toute motivation pour communiquer avec nous, car il apprend que c'est inutile.

Souvenons-nous que le cheval a un cerveau et que nous devons nous adresser à ce cerveau si nous voulons que son corps se mette sans réserve à notre service.

"We're trying to operate the life in his body down through his legs to his feet — through his mind." — Ray Hunt

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mardi 13 décembre 2016

Reculer et avancer au sol

Un exercice au sol simple mais qui peut apporter beaucoup, c'est d'arriver à demander au cheval de reculer un pied à la fois, et aussi de pouvoir lui demander d'avancer un pied à la fois.

Cela demande d'installer un bon niveau de communication entre le cheval et nous pour bouger un pied en arrière ou en avant. C'est aussi un exercice qu'il est possible de faire dans le calme.

S'il est possible d'avancer d'un pas puis de reculer d'un pas, alors entre les deux on a la possibilité de travailler l'arrêt.

S'il est possible de reculer d'un pas, puis de reculer d'un autre pas, et ainsi de suite, alors on a la possibilité de travailler le reculer, en ayant le contrôle des pieds.

Si on peut reculer le cheval avec le contrôle des pieds, on peut ensuite aussi lui demander de reculer sur un arc de cercle, vers la gauche ou la droite.

Ce travail au sol peut ensuite être utilisé dans le travail monté, pour avoir un meilleur contrôle des pieds, en particulier dans l'arrêt et le reculé.

Pour démarrer cet exercice au sol, tenez la longe à quelques centimètres du licol en tournant votre poignet de manière à avoir le pouce vers le bas posé sur la longe. De cette manière, vous pouvez avoir un meilleur contrôle de la pression exercée car votre bras se maintient naturellement droit sans que vous puissiez le plier au niveau du coude.

Prise de la longe pouce vers le bas

Dans cette position, observez la position des antérieurs. C'est celui qui est le plus avancé qui est susceptible de reculer facilement. Orientez doucement et légèrement la tête du cheval du côté du pied que vous souhaitez bouger, puis exercez une légère pression avec votre main sur la longe vers l'arrière. Il ne s'agit pas de pousser le cheval vers l'arrière mais d'appliquer une pression l'incitant à réagir.

Demande pour reculer
 Au début, le cheval ne va pas spontanément comprendre cette demande et il va avoir besoin de temps pour comprendre quoi faire. Laissez-lui le temps nécessaire, et maintenez la pression le temps qu'il trouve la solution. A un moment, il va déporter son poids vers l'arrière. Alors, et même avant qu'il ne bouge le pied, réduisez la pression en gardant le contact. Il s'agit de lui confirmer que sa recherche de la solution va dans le bon sens, et même s'il ne bouge pas le pied, vous pouvez reconnaître qu'il fait un effort positif simplement s'il reporte son poids vers l'arrière.


Il reporte son poids vers l'arrière
Cette première compréhension installée, il suffit de doser la pression pour reculer un pied. Si le cheval recule davantage, vous devez au moment où le pied se soulève anticiper le moment où il va revenir vers le sol. La pression doit cesser avant que le pied ne commence à revenir vers le sol. Si le cheval veut soulever un autre pied, vous devez être prêt à lui demander de ne pas le faire avant que le pied ne se soulève.

Le pied recule.
Ce n'est pas grave au début si le cheval ne bouge pas le pied ou s'il en bouge plus qu'un. C'est au contraire l'opportunité pour affiner la communication.

Récompensez aussi en caressant

Sur le même principe, vous pouvez ensuite lui demander de faire un pas en avant. Il suffit de demander en exerçant cette fois une pression vers l'avant au moyen de la longe. Là aussi, on recherche à ne bouger qu'un pied, celui qui est en retrait. Si lors de la demande le cheval n'avance pas le pied, maintenez la pression en lui laissant le temps de comprendre ce qu'il doit faire. Juste avant de se décider il pourra exercer brièvement une pression vers l'arrière avec sa tête. Ce n'est pas un signe de résistance, mais qu'il va bientôt répondre.

Demande pour avancer le pied

Vous pouvez ensuite varier en demandant par exemple deux pas en arrière, puis 3 en avant, puis 4 pas en arrière, deux en avant, etc... En faisant ceci, efforcez-vous que le cheval avance et recule sans tension, en étant totalement détendu, et en restant droit. Au fur et à mesure, affinez vos demandes afin d'utiliser moins de pression tout en restant efficace. Ainsi, en demandant progressivement de plus en plus de pas, le cheval apprend à reculer avec légèreté.

De même, en demandant progressivement de plus en plus de pas vers l'avant, vous pouvez travailler l'arrêt. Lors du dernier pas en avant, vous pouvez doser votre demande avec plus de lenteur et de douceur pour que le pied retombe à coté de l'autre pied, afin d'obtenir un arrêt "carré".

Quand le reculé est totalement fluide, vous pouvez ensuite reculer le cheval sur un arc de cercle. Alors que pour reculer droit, vous deplacez la tête du cheval légèrement de gauche à droite selon le pied à reculer, décalez légèrement ces actions vers un côté. Par exemple, en faisant aller la tête entre un point plus franchement à droite pour reculer le pied droit et un autre point au centre pour reculer le pied gauche. Au début, contentez-vous d'un quart de cercle ou moins : il est plus important de conserver la légèreté du cheval que de faire un tour complet.

Il est aussi possible de construire un parcours en "L" avec des barres.

Le parcours en "L"

 Faites avancer le cheval dans le "L", puis à la sortie du "L", demandez l'arrêt et faites-le reculer. Travaillez au début pas à pas. Réalisez ce parcours dans les deux sens.

Reculer dans le "L"

Il est entendu que cette série d'exercices au sol se travaille sur plusieurs jours, dans le respect du rythme du cheval.

Avec ces exercices au sol, on peut améliorer la communication avec le cheval pour développer le contrôle de ses pieds dans la légèreté. Cette communication pourra ensuite être utilisée dans le travail monté.

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mardi 6 décembre 2016

Monter dans le van

Quand il faut se déplacer avec son cheval, par exemple pour se rendre à une compétition ou pour aller faire des soins, il y a un horaire à observer. Si quand on tente de charger le cheval dans le van, celui-ci refuse de monter, alors comme il y a des personnes qui nous attendent, nous sommes tentés de forcer le cheval à monter. Il se peut aussi qu'une personne veuille nous aider et force le cheval à monter à notre place.

Les moyens semblent illimités pour forcer le cheval : on tire, on pousse, parfois à plusieurs, on met des cordes derrière la croupe, on tape sur les fesses, on secoue des objets effrayant, on met des bandeaux sur les yeux, on utilise le Chifney pour l'empêcher de se cabrer, etc...

Après avoir résisté, le cheval va probablement finir dans le van, et donc l'objectif semble atteint.

Cependant, cette "victoire" n'est pas toujours sans conséquence.

La première conséquence est que le cheval, mis en situation de stress, risque de ne pas donner le meilleur de lui-même dans la journée. En compétition, combien de chevaux donnant de bons résultats "à la maison" ont des résultats bien moins satisfaisants à l'extérieur suite à un transport stressant?

La seconde conséquence est que le cheval va associer le fait d'embarquer dans le van à un moment d'inconfort ou pire encore, à une véritable menace. Faire monter le cheval risque alors de devenir de plus en plus difficile et même dangereux. Une fois cette défiance établie, utiliser la nourriture pour convaincre le cheval de monter est inefficace. Il ne reste plus qu'à utiliser de plus en plus de force.
 
Pour éviter ceci, il est préférable d'éduquer le cheval au préalable et de lui apprendre à monter volontairement dans le van.  Cette préparation est importante pour un jeune cheval pour qui les premières expériences avec le van doivent être positives. La meilleure manière d'y parvenir est de prendre le temps de faire cet apprentissage dans le calme, avant même qu'un déplacement soit réellement nécessaire. Le cheval doit apprendre à embarquer et à débarquer. Il doit aussi apprendre à voyager dans le van.

Pour le cheval, il n'est pas naturel de rentrer dans un espace clos. Son instinct lui dicte qu'il se prive de sa capacité à fuir si une menace se présentait. Avec le van, le cheval est d'autant plus méfiant que le plafond est bas et qu'il faut en plus franchir la rampe. Le van est donc, au moins au début, inquiétant pour n'importe quel cheval. Il est nécessaire de lui donner confiance, en créant des expériences positives.

Avant de songer à embarquer un cheval, il est nécessaire de créer une bonne relation au sol, grâce au travail au sol. Il est indispensable de pouvoir mener librement le cheval, de pouvoir le faire avancer et reculer un pas à la fois, et de pouvoir facilement l'envoyer sur le côté.

On peut ensuite entraîner le cheval à entrer dans un passage étroit de la taille d'un van. Il suffit dans la carrière  de s'aider de la barrière et de quelques chandeliers et de barres pour former un van "imaginaire".

Le "Van imaginaire"

Cet exercice permet au cheval et à vous-même de faire entrer le cheval dans un espace clos et de l'en faire ressortir sans qu'il se sente enfermé. Profitez aussi pour lui apprendre à avancer en le tapotant sur la croupe avec une baguette. Il ne s'agit pas de le taper pour l'inciter à avancer, mais d'utiliser la baguette comme un signal.  Pour lui apprendre, tapotez en rythme et s'il commence juste à bouger un pied, arrêtez immédiatement. Vous pouvez l'aider à trouver la solution en tirant légèrement la longe quand vous tapotez. Bientôt, il comprendra qu'il faut avancer juste en tapotant.

De même, vous pouvez lui apprendre à reculer, juste en tirant sur la longe depuis l'arrière, en prenant une longe assez longue. Vous pouvez même ensuite apprendre à votre cheval à reculer en tirant doucement sur sa queue, en observant les mêmes principes utilisés pour le faire avancer en tapotant sur la croupe.

Ainsi, vous développez les outils permettant de le faire embarquer et débarquer calmement depuis l'extérieur du van.

Une autre préparation consiste à mener le cheval sur des surfaces inhabituelles, comme une bâche ou des palettes de bois. Ceci le prépare pour monter sur une rampe d'accès de van.


Une simple palette prépare le cheval à monter sur une rampe

Il doit apprendre à aller sur des surfaces étranges.

Il y a aussi des vans sans rampe et dans ce cas, le cheval doit apprendre à grimper et à redescendre sur une hauteur sans rampe. On peut entraîner le cheval à cet exercice avec une plateforme sur laquelle le cheval peut grimper en sécurité.

Il apprend à grimper sur une hauteur sur commande

Il est temps ensuite de passer au véritable van. En premier lieu, orientez-le de manière à ce que la lumière du jour en éclaire l'intérieur, ce sera plus rassurant pour le cheval et lui permettra aussi de ne pas avoir le soleil dans les yeux.

Procédez seul car un cheval sera toujours confus si plusieurs personnes l'incitent à monter.

Le cheval doit apprendre à débarquer en même temps qu'il apprend à embarquer. Pour ceci, commencez par lui faire mettre un antérieur dans le van, puis stoppez-le et félicitez, puis attendez quelques instants avant de le faire reculer et félicitez à nouveau.
Commencez par juste un antérieur.

Reprenez ensuite la même procédure, cette fois en demandant qu'il mette les deux antérieurs, avant de le faire reculer.
A chaque étape, faites ressortir le cheval et félicitez.

Après ce nouveau succès, vous pouvez passer aux postérieurs et bientôt le cheval est embarqué complètement.

Il est temps de lui demander d'entrer complètement.

Ressortez-le encore, et faites-le embarquer et débarquer plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il soit complètement relaxé. La répétition, avec votre soutien et vos félicitations, achèveront de lui donner confiance.

A tout moment, s'il a besoin d'examiner le van, et qu'il baisse sa tête comme pour renifler, laissez-lui le temps de se rassurer.

Laissez le cheval examiner s'il est méfiant
A tout moment, s'il souhaite ressortir, laissez-le faire. Il doit pouvoir entrer et sortir par lui-même.

En fin d'apprentissage, après généralement quatre ou cinq jours, le cheval doit pouvoir associer le van avec le confort et la sécurité. A ce moment, il peut monter dans le van sans aucune résistance, et même totalement par lui-même.

Le cheval monte maintenant seul...
...totalement en confiance

Arrivé à cette étape, il est temps de commencer à faire des déplacements. Les premiers seront courts et consisteront peut-être à juste faire le tour du quartier.

Vous pouvez selon votre modèle de van, regarder comment faire en sorte que votre cheval se sente le moins confiné possible. Par exemple, en réglant les séparations. Les chevaux préfèrent aussi les séparations qui ne descendent pas jusqu'au sol, car ils peuvent bouger leurs pieds plus librement. Certains chevaux préféreront des chaînes à la place des barres, ou inversement.

Un filet à foin bien garni est un allié précieux pour rendre le van agréable. Il permet aussi d'occuper le cheval durant le transport.

Apprendre à son cheval à embarquer dans le van peut semble demander beaucoup d'effort et de temps, mais il ne s'agit que de quelques minutes d’entraînement par jour sur une semaine pour qu'ensuite, votre cheval être confortable avec le van durant toute son existence.

Pour un cheval ayant eu des mauvaises expériences avec le van, les mêmes principes peuvent être utilisés. Il sera peut-être nécessaire d'y consacrer plus de temps selon la méfiance qu'il a développé.

Souvenez-vous que ce n'est pas vous qui embarquez le cheval dans le van. C'est lui qui embarque dans le van, à votre demande.

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dimanche 4 décembre 2016

Excité par temps froid

Souvent, on constate que quand il fait froid, cela a une influence sur le comportement des chevaux. Dès qu'on le sort, un cheval peut avoir un surcroît d'énergie et être plus réactif. Il peut sembler plus «gai» et même «excité». Parfois il peut avoir peur de quelque chose qui ne l'aurait pas inquiété à la belle saison.

Ceci peut être gênant pour le cavalier aussi bien au sol que lors du travail monté.

La principale raison de ce comportement est simple : le froid provoque un stress sur l'organisme qui doit s'adapter pour se réchauffer.

Les humains sont aussi vivifiés par l'air frais et les chevaux ne sont pas différents.

Les chevaux comme les vaches ont une bonne résistance naturelle au froid

Pourtant, les chevaux peuvent supporter le froid mieux que les hommes. Un cheval adulte en bonne santé qui vit en extérieur, s'il a eu la possibilité de s'adapter au froid sur quelques semaines  en laissant pousser son poil, peut supporter facilement des températures de -10°C ou moins. Les chevaux au nord des USA et au Canada supportent des températures pouvant descendre à -40°C. Pour supporter le froid, le cheval a besoin de pouvoir s'abriter du vent et de la pluie. Il doit pouvoir aussi manger des quantités suffisantes de fourrage.

Le cheval vivant au pré développe rapidement son poil d'hiver

Cependant, un cheval en box à qui on met une couverture risque de ne pas complètement développer son poil. Il n'exerce pas non plus les muscles microscopiques permettant de faire dresser les poils pour épaissir sa toison.

Le cheval de sport qui est tondu est bien sûr moins isolé. Il est aussi souvent maintenu sans gras. Il peut avoir froid à des températures inférieures à 5°C s'il n'est pas couvert.

Ces chevaux vivant en box n'ont pas la même résistance au froid que ceux vivant en extérieur, et donc quand on les sort, le stress causé par le froid peut être plus important qu'avec un cheval vivant à l'extérieur.

Pour autant, le cheval vivant au pré n'est pas à l'abri de ces changements d'humeur. En effet, un cheval vivant au pré va réduire son activité pour conserver son énergie à lutter contre le froid. Quand on va le monter, l'air froid va pénétrer dans ses poumons causant aussi un stress.

Ce n'est donc pas uniquement l'exposition au froid, ou la différence de températures entre le box et l'extérieur : ce qui entre avant tout en ligne de compte, c'est le fait de produire un effort dans le froid.

Ceci n'est pas spécifique au cheval. Les "joggeurs" connaissent bien l'effet revigorant d'une course dans le froid.

L'adaptation au froid sollicite le système nerveux sympathique, avec plusieurs conséquences :
  • augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle
  • libération de glucose (énergie) par le foie
  • vasoconstriction des vaisseaux sanguins des extrémités pour limiter les pertes de chaleur
  • contraction des muscles érigeant les poils (piloérection)
  • libération de noradrénaline et de béta-endorphines (euphorisant) dans le sang
  • stimulation du système nerveux central (augmentation de l'attention)
  • Dilatation des yeux et réduction de la salivation
Il faut noter que le système nerveux sympathique est aussi celui qui est stimulé en cas de peur. Il permet la mobilisation de l'organisme face à une menace ou à un stress, pour créer un état d'activité plus élevé dans l'organisme.

On ne peut donc pas parler d'un «problème de comportement», il s'agit juste d'un stress lié à un phénomène naturel d'adaptation au froid. Ce stress peut être plus ou moins important selon les conditions de vie du cheval ou selon sa propre nature, car chaque cheval est différent.

Pour gérer ces difficultés, on peut conseiller de protéger par un couvre-reins les chevaux vivant en box couverts, en particulier s'ils sont tondus. Ceci permet de limiter la perte de température et diminue le stress lié au froid quand on met le cheval au travail.

On peut également recommander d'échauffer longuement et progressivement le cheval. Ceci peut se faire lors du travail monté, mais si le cheval est particulièrement démonstratif, on peut le longer avec la selle sur le dos au préalable (ou en liberté dans un rond de longe).

Il ne s'agit pas de longer vigoureusement pour que le cheval «brûle» son énergie ou se réchauffe rapidement, mais bien d'échauffer le cheval doucement, en commençant pas du pas pour aller au trot puis au galop. Si durant cet échauffement il éprouve le besoin de s'exprimer on peut le laisser faire, mais on recherche avant tout le calme. Un effort trop brusque pourrait être désagréable ou même préjudiciable pour le cheval.

Enfin, si un cheval a de l'énergie, plutôt que de réprimer cette énergie, on peut profiter de cette opportunité pour canaliser cette énergie de manière productive. Enchaînez les exercices : voltes, serpentines, transitions, cessions à la jambe, etc... Soyez avec votre cheval et bientôt il sera avec vous.

En hiver, d'autres facteurs peuvent aussi jouer:

Comme avec nous, de vieilles douleurs peuvent se réveiller avec le froid, et rendre le cheval âgé grognon. Essayez d'identifier une possible douleur et faites intervenir l'ostéopathe si nécessaire. Là-aussi, un échauffement progressif peut être profitable.

En hiver, on donne parfois moins d'activité aux chevaux, et il est naturel qu'ils aient envie de se dépenser. Essayez de conserver un niveau d'activité similaire à celui de la belle saison et n'hésitez pas à maintenir les sorties en paddock.

L'hiver peut apporter son lot de défis pour les cavaliers. Se mettre à l'écoute des réactions de son cheval au froid permet de mieux se préparer pour profiter avec lui des plaisirs équestres hivernaux.

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jeudi 1 décembre 2016

Le temps est un cadeau pour votre cheval

Pour nous, les hommes, le calendrier est important.  Noël est proche et nous comptons les jours pour nous retrouver. Il faudra être prêt, prévoir tout pour le réveillon et les cadeaux pour tous.

Dans la vie, nous avons toujours un agenda à suivre et des échéances à respecter, que celles-ci nous soient imposées ou qu'on se les impose à nous-mêmes.

C'est aussi vrai dans notre pratique de l'équitation. Nous voulons que notre cheval puisse être fin prêt pour cette compétition dans deux semaines, ou qu'il puisse réussir enfin les changements de pieds avant la fin du stage, ou qu'il saute à la bonne hauteur pour pouvoir changer de catégorie de concours avant la fin de l'été.

Le cheval n'a pas d'agenda ; il ne fait pas de plan pour le futur.  Il ne cherche qu'une chose, c'est satisfaire ses besoins immédiats. Si vous voulez lui imposer votre calendrier, vous allez vouloir le contraindre à faire ce que vous souhaitez dans le temps imparti. Plus l'échéance se rapproche, plus vous serrez tenté de mettre la pression pour être prêt à temps. Le cheval, lui, ne voit pas l'objectif futur ; il ne ressent que l'inconfort que vous pouvez créer dans l'instant présent, ou votre état d'esprit du moment, qui peut aller de la tension à la frustration.

Il est possible dans ces conditions que le cheval n'arrive pas à se conformer à vos échéances. Il peut même progresser encore plus lentement que si vous n'aviez pas fixé de délai, ou même régresser. C'est alors une situation d'échec pour lui comme pour vous.

Hidalgo, 5 ans, va nous aider pour montrer un petit exercice

Avec le cheval, les progrès ne sont jamais rapides. On voudrait exiger qu'il puisse faire en quelques mois des choses formidables, mais il est comme un enfant qui, à l'école, doit passer de classe en classe au cours des ans. D'abord, il apprend à dessiner les lettres et à les reconnaître en maternelle, puis il apprend à lire et à écrire en primaire, puis il faudra attendre le lycée pour faire une dissertation en philosophie. Le cheval aussi doit apprendre par étapes à un rythme en phase avec son développement. Il doit maîtriser les fondamentaux avant de pouvoir progresser davantage. Pourquoi exiger d'un cheval qu'il apprenne en quelques mois ce qui nécessite plusieurs années? Chaque cheval a sa personnalité, ses aptitudes et sa sensibilité propre ; il faut s'adapter à lui, suivre son rythme car parfois il aura des périodes de progression rapide et parfois, il lui faudra plus de temps.

Comme Noël, c'est aussi la période des cadeaux, vous pouvez vous demander quels cadeaux offrir à votre cheval. Bien sûr, vous pensez à une de ces délicieuses friandises ou à un nouvel équipement mais il y a un autre cadeau que vous pouvez aussi offrir à votre cheval, et qui sera très important pour lui : le Temps.

Donnez-lui du temps, autant qu'il en a besoin. Oubliez vos objectifs, oubliez vos échéances, votre calendrier et votre montre.

Plus vous lui ferez comprendre que vous être prêt à l'attendre, plus naturellement il fera ce que vous attendez rapidement.

Plus vous perdrez du temps, plus vous allez en gagner.

"Time is the gift, give it freely to your horse and the both of you will be the better for it."
                Buck Brannaman

 ("Le temps est un cadeau, donnez-le libéralement à votre cheval et vous vous en trouverez mieux tous les deux")

Maintenant, passons à un petit exercice qui permettra de cultiver la patience et de montrer à votre cheval que vous pouvez lui offrir le temps dont il a besoin.

Pour commencer, il faut arriver à demander une flexion latérale à votre cheval dans la légèreté. Avec votre main droite, demandez au cheval une flexion latérale de l'encolure, en amenant votre main vers votre hanche gauche. Ne forcez rien et obtenez cette flexion avec douceur et dans la décontraction, en veillant à ce qu'il fléchisse sans tordre sa tête sur le côté. Faites de même de l'autre côté. Avec un peu de pratique, il doit pouvoir amener son nez à proximité de la pointe de votre pied. Vous pouvez aussi prendre la rêne droite de la main gauche, l'amenez vers votre hanche gauche pour une flexion vers la droite, ce qui libère votre main droite pour caresser la tête de votre cheval.

Flexion latérale gauche

Une fois cet exercice de flexion maîtrisé, peut-être après plusieurs jours, le véritable exercice peut commencer.

Demandez une flexion, par exemple vers la gauche, puis maintenez votre main en place, pour maintenir le cheval en position fléchie.

Dans cette position, attendez sans rien faire.

Attendez, aussi longtemps que nécessaire

Vous avez posé un problème à votre cheval, et il doit trouver la solution. La solution, ce que vous attendez, c'est qu'il déplace ses hanches vers la droite.

Surtout, n'utilisez pas votre jambe ou votre poids pour demander le mouvement. Laissez-lui tout le temps nécessaire pour trouver la bonne solution par lui-même. Résistez à toute tentation d'utiliser une aide, même légère!

Il peut essayer de reprendre sa tête. Maintenez votre main en position pour maintenir la flexion afin qu'il comprenne que ce n'est pas la solution attendue. Vous pouvez fixer votre main en la posant sur votre cuisse si nécessaire.

Au bout, d'un moment, parfois plusieurs minutes, il va essayer une autre solution qui est de bouger ses hanches comme souhaité. Libérez-le alors de la flexion et récompensez.


Il commence à déplacer ses hanches vers la droite

On le libère de la flexion

Avec cet exercice, vous pouvez montrer à votre cheval que s'il a besoin de réfléchir, vous pouvez lui offrir tout le temps dont il a besoin.

"Poco a poco... Siempre hay un mañana..."
                     Sagesse des anciens Vaqueros de Californie.

("Peu à peu... Il y a aura toujours un lendemain...")

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Note : texte écrit originellement pour le calendrier de l'avent équestre 2015.