lundi 29 janvier 2018

Dominer ou obtenir la confiance ?

Parfois, on entend qu'il est légitime de dominer le cheval car les chevaux eux-aussi, à l'état naturel, se domineraient les uns les autres dans une hiérarchie stricte au sein du troupeau. A cette image, le cavalier et son cheval serait un «troupeau» de deux individus dans lequel l'être humain aurait bien sûr le rôle de «chef». Il faudrait donc dominer son cheval, sinon, comme le troupeau se doit d'avoir un chef, alors ce serait le cheval qui prendrait le dessus, devenant le «dominant» à notre place.

On peut cependant se demander si l'hypothèse de base est exacte : avons-nous bien une hiérarchie dans le troupeau? Le troupeau est-il une petite armée avec son général, ses colonels, sergents et simples soldats?

Le troupeau n'est pas une armée, mais une famille composée d'individus. Il y a un étalon, parfois deux, les juments, les jeunes et les poulains. Il y a aussi des bandes de mâles célibataires qui ont leur propre structure, mais concentrons-nous ici sur notre troupeau familial.



Le but premier de chaque cheval est-il de grimper dans une hiérarchie pour pouvoir gouverner les autres? Certainement pas. le but du troupeau est de survivre et d'assurer la reproduction. Les chevaux sont avant tout animés par leur instinct de survie. La survie du troupeau ne passe pas par l'instinct de compétition, mais au contraire par la coopération.

Dans le troupeau, il y a différents individus, avec chacun leur caractère, leur tempérament, leur expérience, leurs compétences. Il y a entre chaque membre des relations familiales précises, mais aussi des affinités naturelles. Tout ceci forme des relations sociales complexes, plus subtiles qu'une simple hiérarchie.

Le troupeau pour sa survie doit assurer sa cohésion. En cas de menace, le troupeau doit pouvoir fuir en restant soudé, synchronisé, mais aussi en respectant une distance entre ses membres pour éviter de se gêner. Alors qui prend les décisions? Qui décide de fuir en cas de menace? Qui décide où chacun doit se placer dans le groupe pour fuir en bon ordre? Qui décide où aller quand il faut se déplacer?  Le troupeau n'a-t-il pas besoin d'un chef pour décider pour le groupe?


Soudés et Synchronisés


Prenons l'exemple de la menace. C'est généralement l'étalon qui se place légèrement à l'écart pour surveiller le reste du troupeau. Les juments mangent davantage pour pouvoir allaiter. Si l'étalon perçoit quelque chose, il va se mettre en position d'alerte, la tête haute, les oreilles dirigées vers la menace, l'odorat en éveil. Son inquiétude va se communiquer au reste du troupeau en un instant. Les membres vont se regrouper, s'organiser pour être prêt à la fuite, laissant généralement l'étalon s'interposer par rapport à la menace perçue.

Il reste à décider si la menace est sérieuse et s'il faut lancer la fuite, ou si finalement, il n'y a pas de danger et qu'il est alors inutile de dépenser de l'énergie pour rien. Ce n'est pas un poulain sans expérience qui donnera le signal du départ, car il ne sait pas distinguer un puma d'un lièvre. Mais n'importe quel membre en lequel les autres ont confiance peut enclencher la fuite, et les autres suivront. Le troupeau n'attend pas la décision d'un chef. C'est un membre qui initie le mouvement et  les autres le suivent s'ils ont confiance dans le fait que c'est nécessaire à leur survie. Non seulement, il n'y a pas de chef unique qui donne toujours l'ordre, mais aucun cheval ne force un autre cheval à faire quoi que ce soit : dès que la fuite démarre, le groupe reste uni car il en va de sa survie face à un prédateur.

L'être humain aimerait identifier un chef suprême dans le troupeau, soit l'étalon, soit une jument dominante (nommée la «jument alpha»). Ceci aiderait à justifier que le cavalier soit légitime pour dominer le cheval, reprenant à son compte une relation naturelle au sein du troupeau. Cependant cette interprétation est inexacte. Ce qui est important pour le cheval, c'est l'instinct de survie. Plutôt que d'un « patron » qui le domine, il a besoin d'avoir confiance en nous et sera prêt à nous suivre quand c'est le cas.

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mardi 16 janvier 2018

Communication silencieuse

La communication silencieuse des chevaux

Les êtres humains communiquent entre eux par la parole. Du moins, c'est ce que nous croyons, car, sans que l'on y prête toujours attention, la communication non verbale est toujours présente. Si nous rencontrons quelqu'un, nous serons sensibles à la posture de son corps, à sa démarche, aux gestes de ses mains, à l'expression de son visage... et nous allons adapter notre comportement et notre discours en fonction, souvent inconsciemment.

Pour le cheval, qui n'est pas doué de la parole, la communication repose peu sur les sons. Il est vrai que le cheval peut hennir, couiner, ronfler, s'ébrouer... et c'est ce mode de communication qui sera le plus visible pour nous, car nous communiquons aussi avec les sons.

Cependant, le cheval communique davantage silencieusement, et c'est justement ce mode de communication que nous remarquons le moins, alors qu'il est le plus important.


Observer pour apprendre

Pour comprendre leur langage, rien de tel que l'observation d'un groupe de chevaux. On pourra alors voir qu'entre les chevaux, la communication est fréquente.

Chacun sait que la position des oreilles est importante et chaque cavalier comprend vite ce que veut dire un cheval quand il couche ses oreilles en arrière. Des signes de ce type sont très nombreux.

Sur sa tête, on peut aussi observer les yeux : leur forme est importante, selon que l’œil est en amande, signe de détente, ou rond, signe de tension. Le fait de cligner les yeux est aussi un message.

La bouche est aussi importante, car elle peut être détendue ou crispée. Elle peut mâchouiller ou laisser sortir la langue. Elle peut s'ouvrir et se fermer rythmiquement («snapping»).

On pourra aussi observer les muscles du visage et comment ils se tendent sous la peau. Les naseaux peuvent aussi changer de forme, et s'arrondir sous la tension.

La tête et l'encolure peuvent être fixes ou bouger ou être secouées. La tête peut être en l'air, à l'horizontale ou vers le bas. L'encolure peut s'arquer, se tendre vers le bas, se relâcher... Le cheval peut tourner la tête d'un côté, ou même tourner toute l'encolure.




La queue peut être relâchée, dressée ou rabattue entre les postérieurs.

Le corps peut se positionner relativement à un autre cheval à différentes distances et de différentes manières : frontalement, latéralement, ou il peut présenter ses postérieurs. Il peut s'approcher d'un autre cheval directement, par un arc de cercle, en allant sur l'avant, sur le côté ou sur l'arrière de l'autre cheval.

Un cheval peut taper des antérieurs, se cabrer, ruer, se rouler... Il peut mordre dans les airs, bailler...

Il peut manger, déféquer ou uriner. Il peut se gratter, par exemple en frottant la tête sur un antérieur ou en se mordant les flancs. Il peut aussi gratter un congénère, le mordiller, le pousser du museau, le renifler. L'odorat et le toucher sont aussi des sens importants pour la communication.

Il peut désigner un objet ou une direction avec son museau.

On peut penser que certains de ces gestes ne sont pas de la communication, et c'est exact que ce n'est pas toujours le cas. Un cheval peut cligner les yeux, déféquer ou secouer la tête sans qu'il s'agisse de communication, mais dans certains cas, c'est aussi un mode de communication.

Ce qui permet d'interpréter la communication c'est de reconnaître un ensemble de signes qui prennent un sens ensemble, dans un contexte. Les signes peuvent être donnés simultanément ou se succéder. Avec le temps, on perçoit ces ensembles globalement.

Par exemple, un cheval qui va aborder un cheval inconnu peut commencer par montrer des signes visant à apaiser de possibles tensions. Il peut cligner des yeux, détourner la tête, mastiquer, etc.  C'est un peu comme nous-mêmes quand nous rencontrons quelqu'un : on va sourire brièvement, détourner le regard pour ensuite regarder la personne... ceci même avant de dire «bonjour».

Si la tension se renforce et que le cheval n'est pas à l'aise, le cheval peut commencer à se donner une contenance en se grattant, en reniflant quelque chose, en mangeant ou en faisant semblant de manger de l'herbe.

Si la tension monte encore d'un cran, le cheval peut par exemple montrer des signes de peur : yeux arrondis qui laissent montrer le blanc, bouche fermée et crispée, oreilles tendues, narines arrondies. L'encolure est tendue et la tête est en position haute. La queue est en l'air ou rabattue entre les postérieurs. Si ce n'est pas la peur mais l'agression qui l'anime, il peut taper des antérieurs, mordre l'air, se tourner et ruer en direction de l'autre cheval. La peur et l'agression sont parfois liées, car un cheval qui a peur va souvent chercher à retrouver du confort en utilisant des signes agressifs pour que l'autre cheval s'éloigne.

Si la tension devait monter encore, le cheval pourrait alors avoir une réaction de fuite ou s'il ne peut pas fuir, il aura probablement un comportement d'agression.

Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres pour illustrer le langage du corps des chevaux.
 



Communiquer avec d'autres espèces

Ce langage, le cheval va aussi l'utiliser avec les autres êtres vivants: les vaches, les moutons, les chiens... Si le cheval est précieux dans le travail du bétail, c'est que c'est un expert pour le comprendre et anticiper ses réactions.

Ce langage, le cheval va aussi l'utiliser avec nous.

Si un cheval peut facilement «lire» un être humain et comprendre son état d'esprit et son état émotionnel, c'est grâce à sa faculté de communication non verbale. Nous-même, nous n'avons pas la même faculté innée de compréhension de ce langage.

Si nous ne pouvons pas remarquer ou interpréter les signes que les chevaux nous envoient, alors deux choses vont se produire.

La première est que comme on ne le comprend pas, le cheval ne fera pas d'effort pour communiquer avec nous, puisque c'est inutile. La seconde est que le cheval peut avoir des comportements excessifs et même dangereux qui auraient été évitables si on avait compris les signes qu'il avait envoyés au préalable pour les prendre en compte avant que la tension ne monte trop.

Ce cheval désigne le bac à grains
Il s'assure de la compréhension
Attente de la «livraison»














Si nous voulons mieux comprendre le cheval, nous pouvons essayer d'apprendre à porter plus attention aux différents signes qu'il émet. Il suffit d'observer et nous pouvons progressivement développer nos capacités à comprendre ce langage.

Plus notre compréhension s'affine, plus nous allons ressentir ce que ressent le cheval et adapter notre comportement en conséquence. Même si notre compréhension est imparfaite, le cheval va alors reconnaître notre capacité à mieux le comprendre et ceci va l'inciter à davantage essayer de communiquer avec nous.

Ainsi nous allons augmenter notre empathie pour le cheval : notre capacité à ressentir ce qu'il ressent et pourquoi. C'est ce qui peut nous permettre d'anticiper les réactions du cheval et de l'aider mieux et plus tôt.

Communiquer en retour

Une fois que nous comprenons mieux ce langage du corps, nous sommes alors en mesure de pouvoir l'utiliser nous-même pour mieux être compris du cheval. Ceci demande de l'expérimentation et du temps. C'est sans doute dans le travail en liberté que cette expérimentation peut le mieux se faire, mais c'est aussi parfois simplement en allant chercher votre cheval au pré.

Le cheval est un animal social. Communiquer est pour lui naturel et important. Le cheval nous comprend souvent mieux que nous ne le comprenons. La véritable communication doit fonctionner dans les deux sens et c'est pour ceci que nous devons développer nos facultés de communication non verbale. La communication engendre la communication et nos efforts en la matière seront récompensés.

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mardi 2 janvier 2018

La confiance avant tout

Quand un cheval a un problème, on veut directement travailler sur le problème.

Par exemple, si un cheval ne veut pas monter dans le van, on travaille avec lui pour le convaincre de monter dans le van. Peut-être qu'il suffit d'un peu d'encouragement et de patience, et il va monter. Mais peut-être est-ce plus sérieux et qu'il n'a absolument pas confiance dans le van. Alors, malgré nos efforts, il refuse de monter. Dans ce cas, si le cheval n'a pas confiance dans le van, c'est qu'il a eu une mauvaise expérience dans le passé alors qu'on voulait l'embarquer.



Quand le cheval a eu une mauvaise expérience en lien avec une situation donnée,  il n'aura pas confiance dans cette situation quand elle se représentera. Si son instinct de survie l'a conduit à penser qu'il était menacé, alors il se sentira menacé avec la même intensité à chaque fois que la situation se reproduira. Ceci peut aller jusqu'à la panique, que la menace soit réelle ou non.

Le cheval doit avoir confiance dans trois domaines: dans son environnement, dans la personne et dans lui-même.  Les trois peuvent se renforcer mutuellement. Ils peuvent aussi s'affaiblir mutuellement.

Si un cheval  n'a pas du tout confiance dans une situation donnée, comme de monter dans un van et qu'il n'a pas assez confiance dans la personne, alors il n'aura pas non plus confiance dans lui-même. Ceci conduira sur une situation de blocage.

Pour sortir de l'impasse, le mieux est de simplement changer d'environnement.

En travaillant dans un environnement dans lequel le cheval a plus confiance, il sera dans un état d'esprit positif. En évitant l'environnement causant le problème, il sera possible de vivre des expériences positives avec le cheval dans des situations diverses. Ces expériences peuvent parfois représenter des défis pour le cheval, mais elles doivent toujours permettre au cheval d'être en situation de réussir. Le rôle de la personne est de guider et de soutenir le cheval pour lui permettre de réussir.

Seules des expériences positives vécues avec la personne permettront au cheval d'avoir confiance dans la personne. C'est progressivement ce qui lui permettra d'avoir plus confiance dans son environnement en général et enfin, d'avoir plus confiance en lui-même.

À ce moment, si on revient à la difficulté initiale, le cheval n'aura pas plus  confiance dans la situation, mais il aura maintenant plus confiance en nous et en lui. Il aura alors avec notre soutien tous les moyens pour surmonter le problème, et prendre confiance dans cet environnement problématique.

C'est parfois en ne travaillant pas directement sur le problème que l'on peut arriver à le résoudre.

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