jeudi 28 avril 2016

Tom Dorrance : Quand l'homme et le cheval ne font qu'un

Tom Dorrance a été surnommé "le Saint Patron des Chevaux" ou aussi "l'Avocat des Chevaux". Il est considéré comme le "père fondateur" du mouvement éthologique ("natural horsemanship"). Il inspira l'écrivain Nicholas Evans pour le personnage de Tom Booker dans le livre "L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (The Horse Whisperer)", porté à l'écran par Robert Redford.

Pourtant, ce cowboy modeste était peu impressionnant (Tom mesurait 1m68 et pesait au plus 68 kg). Il a fuit les honneurs, il n'a jamais gagné aucune compétition et n'a jamais cherché à tirer profit de sa renommée.

Tom Dorrance est né le 11 mai 1910 en Oregon, dans le Wallowa County. Il passe son enfance dans le ranch familial à Crow Creek, avec son père, William "Church", sa mère, Minnie, et ses 7 frères et sœurs. Il aimait se présenter comme "l'avorton de la famille".

Dans le modeste ranch de 6000 acres avec 650 vaches de race Hereford, Tom doit aider sa famille à s'occuper du bétail dès le plus jeune âge. De petite constitution, il ne peut certainement pas compter sur la force pour dominer les chevaux afin de faire son travail avec leur aide.

Bien que ses parents soient assez stricts, ils lui laissent aussi une grande liberté, et il passe beaucoup de temps à observer les animaux et en particulier les chevaux. Très observateur et doté d'une mémoire exceptionnelle, il expérimente, analyse, et apprend à les comprendre.

Capable de voir les choses du "point de vue du cheval", il comprend leurs réactions, ce qu'ils veulent, ce dont ils ont peur... dès le plus jeune age, il sait qu'il ne doit pas forcer le cheval à faire quelque chose, mais qu'il est plus efficace de lui permettre de comprendre ce qu'il doit faire.

Ce n'est qu'en 1960, après la mort de ses parents et une fois le ranch familial vendu, que Tom, célibataire de cinquante ans, commence à vouloir partager ce qu'il a appris sur le cheval. Il achète une petite caravane et commence à aider les gens avec leurs chevaux en Californie et dans le Nevada.

Il réalise alors que, s'il sait comprendre et communiquer avec les chevaux, faire la même chose avec êtres humains est bien plus ardu.  Pour gérer un comportement donné du cheval, les gens souhaitent apprendre une méthode simple à appliquer. Tom, pour sa part, perçoit ce qui se passe au plus profond du cheval, et distingue la raison précise et unique de son comportement. Quand on lui demande que faire dans telle ou telle situation, il ne sait que répondre "ça dépend". Avec Tom, il n'y a pas de recette toute faite, mais uniquement la nécessité de comprendre chaque cheval et de s'adapter à lui.

En 1960, Ray Hunt un homme de cheval déjà réputé, vient chercher de l'aide auprès de Tom à cause d'Hondo, un cheval particulièrement difficile. Bientôt Hondo devient aussi doux qu'un mouton. C'est le début d'une fructueuse collaboration, avec l'invention des "clinics" (stages itinérants) où ils enseignent cette nouvelle manière de travailler avec les chevaux. De nombreux hommes de chevaux, maintenant célèbres comme Martin Black, Joe Wolter, Bryan Neubert, Buck Brannaman ou Pat Parelli diffusent cet enseignement.

Tom se marie en 1966 avec Margaret qui jouera un rôle important dans sa vie. Tom va progressivement apprendre à être presque autant à l'aise avec les êtres humain qu'avec les chevaux.

En 1987, Tom détaille sa philosophie dans son livre "True Unity" (l'unité véritable) qui évoque la communication entre l'homme et le cheval. Ce livre a été magnifiquement traduit en français par Antoine Cloux, l'homme de cheval Suisse qui a connu Tom. C'est sans doute un des livres les plus importants pour comprendre le cheval, et il demande de nombreuses lectures pour en tirer pleinement parti.

Le Livre "True Unity"


Tom enseignera et guidera ceux qui venaient chercher son aide jusqu'à la fin de sa vie, le 11 juin 2003.

Tom était un homme de cheval unique. Et aussi un homme unique. Bien qu'il reste méconnu en dehors des États-Unis, son influence est considérable.

il a changé, directement ou indirectement, notre perception du cheval.


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Référence du livre:

True Unity : Quand l'homme et le cheval ne font qu'un : les fondements de l'équitation éthologique.
Par Tom Dorrance, traduction Antoine Cloux
Editions Zulma
Collection l'équitation autrement
  • ISBN-10: 2843045878
  • ISBN-13: 978-2843045875


Quelques liens (en anglais) pour aller plus loin:

Le site de Tom Dorrance http://www.tomdorrance.com/

Remembering Tom Dorrance http://eclectic-horseman.com/remembering-tom-dorrance/

Tom Dorrance, more than a horseman : http://eclectic-horseman.com/tom-dorrance-more-than-a-horseman/
   
Timeless teachings of a master horseman http://ranchandcountry.com/article_info.php?articles_id=19

Tom Dorrance, Natural Horsemanship pioneer http://equusmagazine.com/article/dorrance080703

True Unity http://americashorsedaily.com/true-unity/#.VyJhJSafFC0

Tribute to Tom http://www.johnsaintryan.com/tributetotom.html

Nine nuggets of wisdom https://horseandriderbooks.wordpress.com/2013/10/22/nine-nuggets-of-horse-wisdom-from-tom-dorrance-and-what-they-can-mean-to-you-and-your-horse/

Changing the way we train http://horseandrider.com/article/changing-train-26619

Horse Sense http://www.people.com/people/archive/article/0,,20106907,00.html

Dorrances Legacy http://besthorsepractices.com/tom-bill-dorrance/ 

AQHA - True Unity
https://www.aqha.com/daily/riding/2017/february/true-unity/
Page Facebook de Tom et Bill Dorrance : https://www.facebook.com/TBDorrance/

Remembering Ray Hunt http://eclectic-horseman.com/remembering-ray-hunt/

Le site d'Antoine Cloux, traducteur de Tom Dorrance http://www.antoinecloux.ch/


mardi 26 avril 2016

Collé au copain

Certains chevaux ont du mal à se détacher d'un ou plusieurs copains. Cela peut déjà être perceptible dans la carrière, et c'est souvent encore plus notable en extérieur lors d'une ballade à plusieurs. Cela peut devenir un vrai problème quand on veut s'éloigner et que le cheval se met à faire toute une histoire.

Ce comportement est compréhensible car le cheval est un animal grégaire qui trouve sa sécurité dans le groupe. On peut sans s'en rendre compte accentuer ce comportement en ballade, car parfois on va doucement au pas quand on discute avec un ami et, quand on demande le trot ou le galop, on s'éloigne. Le cheval peut vite apprendre que rester proche d'un ami permet de se reposer alors que s'éloigner va se traduire par une demande d'effort supplémentaire.



Dès qu'on s'éloigne et que le cheval résiste et veut revenir près du copain, on essaie de le forcer à continuer de s'éloigner. Bientôt une bataille entre nous et le cheval démarre, qui ne fait que confirmer au cheval que s'éloigner du copain ne sera jamais qu'une source d'inconfort.

Plutôt que de forcer le cheval, il est préférable de créer une situation dans laquelle s'éloigner sera tout à son bénéfice ; il décidera alors de lui-même de s'éloigner.

Pour ceci, demander à un ami de tenir le copain de votre cheval. Montez votre cheval, et restez rênes lâches, en le laissant choisir où aller. Forcément, votre cheval va décider d'aller vers le copain. Dès que c'est le cas, demandez à votre cheval d'avancer : utilisez vos jambes et faites-le travailler avec vigueur, toujours en lui laissant le choix de la direction. Dès que le cheval s'éloigne du copain, cessez toute pression. Il va alors se rapprocher à nouveau, et dès qu'il commence à le faire, remettez à la pression à nouveau. Vous allez ainsi alterner des moments de travail et de repos, selon que le cheval se rapproche ou s'éloigne du copain. Soyez régulier et cohérent dans cet exercice, et faites preuve de patience. Ne pensez pas à votre repas : il faudra prendre tout  le temps nécessaire jusqu'à ce que le cheval comprenne comment résoudre le problème que vous lui posez. Parfois cela peut demander dix minutes, quinze vingt ou plus encore, tout dépend du cheval.

Au bout d'un moment, votre cheval va comprendre qu'être avec son copain n'est finalement pas si confortable que ça et que prendre la décision de s'éloigner lui permet de se reposer. Dès que le changement de comportement est notable, félicitez votre cheval, et arrêter pour la journée.

Il faudra certainement répéter cet exercice sur plusieurs jours pour un résultat durable, puis commencer à pratiquer cet exercice en extérieur.

Avec certains chevaux, il peut être aussi utile, quand il se rapproche trop du copain, de demander à votre ami qui le tient, de lever les bras (si le copain est assez calme pour supporter ça sans être effrayé).

Sachez aussi récompenser le moindre effort. Au début votre cheval aura envie de tourner autour de son copain : dès que le cercle s'agrandit, c'est déjà quelque chose que vous pouvez récompenser en cessant la pression.

Quand un cheval n'aime pas quitter son écurie, on peut aussi avoir une approche similaire.


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jeudi 21 avril 2016

Oreilles sensibles?

De nombreux chevaux ont développé un problème de sensibilité quand on leur touche une oreille : aussitôt, le cheval se tend et bouge sa tête brusquement pour éviter le contact.

En plus du fait que cette situation est désagréable pour le cheval, cela peut aussi devenir gênant pour nous, en particulier quand on met ou qu'on enlève la bride.



Il peut être intéressant d'arriver à identifier ce qui a pu causer le cheval à adopter ce comportement. La cause en est une mauvaise expérience qui peut être, par exemple:
  • un traitement aux oreilles qui a causé des douleurs
  • une tentative d'immobiliser le cheval en lui tenant ou lui tordant une oreille
  • un coup à l'oreille
  • une manière maladroite de mettre la bride
Si la cause est identifiée, on peut commencer par supprimer cette cause si elle est encore présente.

Cependant, même si la cause est supprimée, un cheval peut conserver ce comportement d'évitement, et ceci pendant toute sa vie. Il est donc nécessaire de l'aider à surmonter cette phobie.

Pour ceci, vous pouvez essayer de caresser le cheval sur son encolure, à une certaine distance, puis, en continuant à caresser, vous vous approchez des oreilles. Dès que vous sentirez le cheval commencer à se tendre, reculez doucement la main en continuant à caresser. Faites plusieurs va-et-vient ainsi, en avançant et en battant en retraite à la moindre tension. Il ne s'agit pas de forcer le cheval à accepter votre main, mais de l'aider à l'accepter.

Puis, quand vous sentez que le cheval entre en confiance, passez très rapidement votre main sur l'oreille en allant de l'arrière vers l'avant de sa tête. Cela doit être comme un geste maladroit, qui ne serait pas intentionnel. Puis aussitôt, reprenez les caresses comme si rien ne s'était passé.

Pendant la fraction de seconde ou votre main a touché l'oreille, le cheval a bougé la tête, mais c'est aussitôt calmé. Il n'a pas eu le temps de réagir fortement et vos caresses le confortent à nouveau.

Recommencez toute cette procédure, jusqu'au moment où vous noterez que la réaction du cheval à l'action "inopinée" de votre main sera moins forte. C'est une amélioration, et vous pouvez féliciter le cheval et le laisser tranquille pour l'instant. Vous pourrez recommencer tout ceci le lendemain.

Peu à peu, en quelques jours, le cheval va réaliser qu'il peut supporter le contact de notre main sur ses oreilles, et que ce n'est pas une menace pour lui.

Vous pourrez caressez une zone de plus en plus proche des oreilles jusqu'à pouvoir caresser les oreilles elles-mêmes.


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vendredi 15 avril 2016

Mener un cheval au licol

L'éducation du cheval et la construction de notre relation avec lui, ce ne sont pas des choses qui se font uniquement lorsqu'on le monte. Cela démarre dès qu'on le voit et jusqu'à ce qu'on le laisse.

Une bonne partie de cette relation se joue donc au sol, et dans parfois dans les gestes les plus simples, comme le pansage par exemple.

Travailler au sol spécifiquement et pas seulement en selle, permet aussi d'avoir un cheval plus attentif à nous et d'être plus attentif au cheval. En améliorant la confiance et le respect mutuel, le travail au sol se traduit ensuite en amélioration du travail en selle.

Parmi les choses simples, mais importantes que l'on peut faire au sol, il y a le fait de le mener au licol. C'est quelque chose que l'on pratique chaque jour et que l'on peut aussi travailler en particulier.

Pourquoi faire travailler cet aspect, alors qu'on peut penser qu'il n'y rien de plus simple que de mener un cheval ?

Mais est-ce aussi simple?

Est-ce que jamais vous ne devez tirer sur la longe pour qu'il avance ?

N'oppose-t-il jamais aucune résistance ?

Ne vous bouscule-t-il jamais ? 

Est-ce que si vous marchez très lentement, comme une personne âgée, votre cheval vous suit avec la même lenteur et en conservant une distance respectueuse?

Est-ce que si vous vous mettez à courir, le cheval se met aussitôt à vous suivre en trottant sans tension dans la longe?

Est-ce que vous pouvez mener votre cheval n'importe où? au-dessus de barres au sol, sur un pont en bois, sur une bâche, dans le van, et de manière générale sur n'importe quel terrain et en n'importe quel lieu ?

Pouvez-vous le faire avancer avec précision, un pied à la fois ?



Analysez et observez en détail ce qui se passe quand vous le menez. Tentez de le mener à différentes vitesses et dans des situations diverses, et vous identifierez ce qui fonctionne bien et ce que vous pouvez améliorer.

Tout d'abord, il est plus facile d'utiliser un licol en corde qu'un licol classique, car le cheval peut plus facilement s'appuyer sur un licol classique ce qui peut favoriser des résistances. Choisissez aussi une longe assez longue (entre 4 et 5 mètres, ce qui sera utile pour d'autres exercice au sol) et de bonne qualité (14mm de diamètre) car si la longe est assez "lourde" le cheval la "sent" mieux et suit plus facilement. Il est préférable de nouer la longe au licol directement, sans aucun "clip" métallique qui peut venir cogner sous sa mâchoire.

La première chose est, alors que vous allez commencer à marcher, de vous assurer que vous avez l'attention du cheval. Si ce n'est pas le cas, la longe va forcément venir se tendre et la réaction naturelle du cheval sera de tirer en retour en reculant. Vérifiez donc avant que vous avez bien son attention, et si ce n'est pas le cas, obtenez là, par exemple avec une brève pression sur la corde.

Quand vous commencez à marcher, vous devez être calme mais résolu et savoir où vous allez. Regardez votre destination, et ne regardez pas le cheval, ou alors au plus du coin de l’œil.  Soyez détendu, respirez bien, et portez votre énergie vers l'avant. Si vous êtes décidé et que votre attention est sur la destination, votre cheval aura naturellement plus confiance pour vous suivre sans résistance.

Quand vous marchez et qu'il vous suit, veillez à ce que la longe ne soit pas tendue. Cela doit être confortable pour lui de vous suivre. Si au contraire, alors qu'il suit, il subit une traction constante ou des chocs par le fait que la longe se tend, cela ne l’incite pas à suivre. N'hésitez pas à vous placer devant votre cheval et à tenir votre longe assez longue. Une erreur courante est de tenir la longe juste sous le licol, ce qui confine le cheval et crée un inconfort injustifié.

Si le cheval "bloque" et refuse d'avancer, n'essayez pas de le "tirer" avec la longe. Vous pouvez maintenir la tension sur la longe et le laisser tirer mais sans que vous tiriez vous-même. Cela a pour effet de lui faire combattre sa propre pression, jusqu'au moment où il décidera de mettre un pied en avant. Dès qu'il va avancer,  cela aura pour conséquence immédiate de le libérer de la pression et donc de le récompenser d'avoir pris la bonne décision.

Si au contraire le cheval vous colle de trop prêt, n'hésitez pas à vous arrêter, à vous retourner et à lever votre main ou même les deux mains pour lui demander de s'arrêter. Faites-le ensuite reculer jusqu'à retrouver une distance permet le respect de votre espace personnel. Si cela ne fonctionne pas, donnez une secousse dans la longe pour créer une "vague" qui va remonter jusqu'à sa tête et créer un inconfort jusqu'à ce qu'il décide de reculer pour reprendre sa place. Quand vous devez le faire reculer ainsi, en mettant la pression, cessez la pression dès que le cheval commence à reculer pour le récompenser.

Une autre méthode, si le cheval vous colle ou même vous dépasse, c'est de faire une volte en se repositionnant bien devant le cheval lors du demi-tour. Ceci permet de se remettre devant le cheval facilement et sans conflit.

Quand tout commence à bien fonctionner, augmentez progressivement la difficulté : changez de direction d'un côté ou de l'autre, ralentissez, accélérez, courez, stoppez, repartez... allez en extérieur et allez dans les endroits les plus divers.

Peu à peu, efforcez-vous à moins utiliser la pression de la longe et à ce que votre cheval vous suive librement et ait plaisir à le faire.


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