mardi 14 avril 2020

Le cheval lourd à la main

Beaucoup de cavaliers aimeraient que leur cheval soit plus léger à la main. Certains se plaignent même d'avoir des kilos dans chaque main et se demandent si un mors plus fort ne serait pas la solution.

Le cheval est par nature un animal sensible, mais il peut s'habituer à recevoir beaucoup de pression et à y devenir insensible. L'équitation est affaire de communication et un simple signal doit pouvoir être suffisant pour être compris, sans qu'aucune forme de force ne soit nécessaire.

Quand le cheval a été insensibilisé en étant monté avec trop de pression, il faut l'amener à de nouveau se mettre à l'écoute d'aides fines qu'il a appris à négliger.

Comment y arriver ? Voici quelques suggestions.

Dans la carrière, si vous doublez dans la largeur ou la longueur, vous pouvez repartir aussi bien à gauche ou à droite. Ou en extérieur, si le chemin bifurque, il est possible aussi de partir vers la gauche ou la droite. Le jeu est alors de choisir un côté et de laisser le cheval deviner vers où il doit aller. S'il trouve la bonne réponse, alors tout va bien et vous continuez votre chemin. S'il se trompe, stoppez, faite une volte et revenez où vous étiez  pour reproposer le même choix, et faites ceci jusqu'à ce que le cheval trouve la bonne réponse. Au début, le cheval peut se sentir désorienté de ne pas être dirigé comme d'habitude et comme laissé à lui-même. Mais il doit faire un choix et comprend vite que le mauvais choix l'amène à travailler davantage. Il va donc chercher à trouver la bonne réponse et sera plus attentif. Vous, au lieu d'être directif, vous allez essayer de l'aider,  en employant des aides légères. D'abord, suggérez avec l'assiette, puis avec les jambes et enfin avec les mains de la manière la plus légère qui soit. Le cheval va comprendre que vous cherchez à l'aider et deviendra attentif à ces aides légères qu'il aurait ignorées d'habitude. De votre côté, vous pouvez expérimenter comment utiliser votre assiette et vos jambes pour être mieux compris, tout comme vous pouvez jouer à affiner vos aides le plus possible.



Comme autre exercice, essayez de demander une serpentine, mais sans jamais tendre les rênes et toujours en privilégiant l'usage de l'assiette et des jambes. Le principe est le même : il faut essayer d'être compris en utilisant les aides les plus légères possible, en n'utilisant pas que les mains.

Quand le cheval peut être dirigé avec un usage minimal des mains, vous pouvez travailler à synchroniser les indications des mains avec les antérieurs du cheval. C'est quand un antérieur se lève que la main peut le diriger.

De nombreux cavaliers comptent trop sur leurs mains. Montez votre cheval avec tout votre corps, et vous pourrez alléger l'action de vos mains.

Les mains sont bien utiles, mais leurs actions doivent être variées, en force comme en position. Elles ne doivent pas tirer permanence ou rester statiques. Elles peuvent monter et descendre, aller sur le côté et revenir au centre, tourner avec les pouces allant vers le haut ou vers le bas. C'est un moyen de communication riche, mais c'est notre corps dans son entièreté qu'il faut utiliser.

Quand on tire, le cheval tire à son tour. C'est le réflexe d'opposition. Rapidement, le cheval s'appuie sur la main et ne sait plus s'équilibrer par lui-même. Plus il s'appuie, plus il s'insenbilise et alors il ne peut plus être dirigé par des aides légères.
Dans ce cas, il faut rééduquer le cheval à qui on a donné cette mauvaise habitude. Dès qu'il s'appuie sur la main, une action de mains vive vers le haut permet de le décourager, puis aussitôt, on ne met aucune tension pour lui offrir du confort. En appliquant ceci de manière systématique, le cheval apprend à ne plus peser sur la main et il se met alors à la recherche de son équilibre.

Enfin, il y a les transitions, en particulier les transitions descendantes, qui sont difficiles pour les chevaux lourds à la main.

Donnons ici l'exemple de l'arrêt. Commencez à travailler du pas. Quand vous voulez demander l'arrêt, utilisez exclusivement l'assiette. Pour ceci, expirez et asseyez-vous sur les poches arrières de votre pantalon en pensant que vous devez vous fondre dans la selle. Les jambes ne doivent exercer aucune pression sur les flancs. Si le cheval ne s'arrête pas, alors, avec les mains les paumes vers le sol, rapprochez progressivement le dessus de vos mains vers vos épaules, les coudes s'ecartant. Faites ceci sans tirer; vos biceps ne doivent pas entrer en action. Le cheval va finir par s'arrêter. Dès qu'il s'arrête, remettez vos mains en position neutre, sans aucune tension. Bientôt le cheval, va s'arrêter avec légèreté.

Tirez sur la bouche du cheval, et le cheval s'oppose, s'appuie, se déséquilibre en tombant sur l'avant-main. Quand il se déséquilibre, ainsi, on compense en tirant plus, et peu à peu le cheval devient lourd à la main, et rendant difficile les transitions descendantes . Si au contraire, vous utilisez les mains du bas vers le haut, sans tirer, ceci encourage le cheval à s'équilibrer en l'encourageant à alléger son avant-main. Son corps ainsi préparé, les transitions descendantes sont facilitées.

C'est un travail constant que d'alléger les aides. Le cheval a la sensibilité et l'intelligence pour arriver à tout faire avec des aides si légères, si discrètes, qu'elles sont invisibles pour un observateur. Le cavalier doit donc stimuler cette sensibilité et cette intelligence en permanence pour éduquer le cheval à répondre à des aides légères.  La légèreté d'un cheval est directement sous la responsabilité du cavalier.

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lundi 23 décembre 2019

Fixité

De nombreux cavaliers qui souhaitent s'améliorer et améliorer leur cheval vont rechercher la position parfaite. La position parfaite pour leur cheval, souvent en se concentrant sur l'encolure et la tête, car c'est ce qu'ils voient. La position parfaite aussi pour eux ; combien de cavaliers se désespérent de ne pas arriver à descendre ses maudits talons !

Cependant, en voulant obtenir et maintenir une position parfaite, on contraint le corps dans une position qui demande un effort. On se met alors dans une fixité qui va tôt ou tard amener une contraction.

Si on fait l'expérience de prendre une pince à linge et de la maintenir ouverte en la pinçant entre deux doigts, cela semble facile car l'effort nécessaire est faible. Mais si vous maintenez cette position pendant plusieurs minutes alors cela va devenir de plus en plus difficile et vous allez ressentir douleurs et crampes.



Notre corps, comme celui du cheval, est vivant et ne doit pas rester figé, même partiellement. Les positions doivent pouvoir varier. Le jeu des muscles et des tendons doit pouvoir aussi changer sans cesse.

Le cheval doit pouvoir bouger sa tête, étirer son encolure et la ramener.  Il doit pouvoir changer de posture et d'incurvation. Il doit pouvoir changer d'allure ou varier son énergie dans l'allure. Il doit pouvoir aller doucement puis mobiliser son énergie au plus haut pour revenir au calme. En toutes choses, les variations sont désirables. Elles éviteront au cheval de se contracter et  de se fatiguer et aussi cela rendra les choses plus intéressantes pour lui.

Pour nous aussi, nous devons rechercher des variations. C'est notre nature humaine de se concentrer parfois à l'excès sur un objectif précis, que ce soit une position parfaite ou la réussite d'un exercice particulier. Ceci nous conduit à la fixité ou à la répétition trop grande du même exercice. Cela nous mène à la contraction, à la fatigue et mentalement, nous y gagnerons l'ennui ou la frustration.

Pour le cheval comme pour nous-mêmes, nous devons rechercher le calme, la décontraction, la souplesse, l'équilibre, la symétrie, la capacité à mobiliser et utiliser l'énergie, la compréhension, la confiance, la joie d'utiliser son corps comme son esprit. Tout ceci relève d'un développement progressif et complet, qui englobe le physique, le mental et plus encore. La réussite ne repose pas sur l'atteinte rapide d'une position forcée pour répondre à un idéal superficiel.





mercredi 23 octobre 2019

Demander

On peut demander ou exiger.

Quand on exige, l'attitude du cheval sera négative. À l'exigence, on ne peut répondre que par la soumission ou la rébellion. Il n'y a pas d'autre choix laissé.

Avouons-le : quelle est notre propre attitude si quelqu'un exige quelque chose de nous ?

Heureusement pour nous, de par la nature du cheval, il répondra généralement par la soumission et rarement par la rébellion. Les méthodes reposant sur la soumission semblent donc souvent donner de bons résultats.

Pour les quelques chevaux qui vont aller vers la révolte, le cavalier répondra souvent par plus de force jusqu'à obtenir la soumission. Quand malgré tout cela ne fonctionne pas, alors on dit que le cheval a un problème. Il est alors qualifié de cheval «rétif» ou «vicieux».

Quelle est l'alternative à l'exigence ? C'est simplement la demande. Il suffit de demander.




Quelle est la différence entre la demande et l'exigence ? Comment distinguer l'un de l'autre ?

Quand on exige, le cheval doit faire. Il n'a pas d'autre choix. Soit il fait, soit il ne fait pas, et s'il ne fait pas, alors c'est le début de la révolte.  Et cette révolte appelle forcément une réaction de notre part pour y mettre fin.

Quand on demande, le cheval reste libre de répondre positivement à la demande ou non. Le cavalier reste prêt à accepter le fait que le cheval ne fasse pas ce qui est demandé, quelle qu'en soit la raison. Le cavalier n'a alors pas de sentiment négatif ; il ne cherche pas à corriger ou punir.

En cas de refus, cela ne veut pas dire qu'on l'on doit en rester là. Il faut regarder quelle compréhension il nous manque pour formuler une demande qui cette fois-ci sera acceptée. C'est souvent la préparation et la clarté qui feront la différence : il faut présenter ce que l'on souhaite d'une manière qui soit compréhensible pour le cheval.

Il faut que la réponse attendue de sa part soit celle qu'il peut percevoir comme lui apportant le confort et la sécurité. Cette réponse, il doit l'apporter de son plein gré. Il doit choisir de le faire, parmi les autres options qui pourraient être possibles.

Ceci peut demander du temps, car il faut parfois laisser le cheval chercher et même se tromper. Le meilleur apprentissage est celui où on a le droit à l'erreur.

Bien sûr, il y a des circonstances où on n'a pas ce temps. Si on traverse une route et qu'un camion arrive, il doit avancer, et ceci coûte que coûte. On va devoir exiger car l'urgence l'impose. C'est un exemple extrême, mais il a plein de situations dans lesquelles  nos demandes commenceront à ressembler à des exigences. L'important est d'en prendre conscience, d'en mesurer les conséquences et de se demander si cela était réellement nécessaire.

Quelle part de demande et quelle part d'exigence avons-nous ? Le cheval répond-il par soumission ou par choix ?

Le cheval pourra donner bien plus quand on demande sans exiger.

A nous de savoir demander.

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