mardi 21 novembre 2017

La pression

Quand on utilise les rênes ou nos jambes sur le cheval, nous exerçons une pression sur le cheval. Même si nous ne sommes pas en contact avec le cheval, même si nous sommes à plusieurs mètres de lui, notre simple présence peut aussi créer une pression.

Que la pression soit directe ou qu'elle soit indirecte, le cheval va initialement chercher ce qu'il peut faire pour se soustraire à la pression.

Il se peut alors qu'il trouve comment regagner le confort, mais s'il n'y arrive pas, il va apprendre à supporter cette pression.

S'il trouve comment, dans une situation donnée, regagner le confort, alors, si la situation se reproduit, il sera susceptible de reproduire le comportement qui lui avait déjà permis d'avoir du confort. Il peut donc apprendre des comportements grâce à la manière dont la pression est appliquée, puis retirée.

Si par exemple on mène un cheval à la longe et que le cheval n'avance pas, alors la longe se tend et une pression s'exerce sur le cheval, au travers du licol. Si on attend et que l'on se contente de maintenir la pression le temps nécessaire, alors le cheval peut avoir l'opportunité de trouver comment se libérer de cette pression. Si la pression se maintient jusqu'à ce que le cheval fasse un pas en avant, alors il apprend que faire un pas en avant quand on le mène permet de gagner le confort.

Si au contraire, alors qu'il n'avance pas, on donne des coups répétés sur la longe pour tenter de le décider, alors c'est inefficace. À chaque coup donné, il y aura un moment où la pression va se relâcher, récompensant le cheval alors qu'il n'a pas avancé et à chaque fois que la longe va se tendre à nouveau, le choc va punir le cheval sans qu'il en comprendre la raison.

Si alors qu'il avance, on maintient une tension dans la longe pour le tirer, alors on applique une pression inadéquate, puisqu'il a déjà le comportement attendu, qui est d'avancer. S'il avance, laissez la longe sans tension, et s'il n'avance pas, maintenez la tension et laissez-lui le temps de comprendre qu'avancer lui permet de regagner le confort.

Si la tension sur la longe est permanente, le cheval apprend à supporter la pression, car il ne peut faire autrement. Le cheval va alors devenir de plus en plus difficile à mener.

Le cheval apprend de la pression qui s'applique et se libère quelles que soient nos intentions. Par ce moyen, le cheval peut apprendre des choses que nous ne souhaitons pas. Par exemple, un cheval qui tire à l'attache peut arriver à se libérer. Il apprend donc que s'il tire assez fort, la pression cesse. C'est ainsi qu'il apprend à tirer au renard.

De même, un cheval qui est inconfortable avec un cavalier peut apprendre qu'en cabrant ou en ruant, il peut retrouver le confort car le cavalier chute. Son comportement n'est pas dirigé contre le cavalier ; c'est juste qu'il a fait ce qu'il pensait devoir faire pour retrouver le confort.



Que l'on veuille éduquer le cheval ou non, celui-ci va apprendre des expériences qu'il vit.

Le cheval ne sait pas a priori qu'un comportement est «bon» ou «mauvais». D'ailleurs, souvent ce que nous pensons être «bon» est en fait juste ce que nous voulons et le «mauvais» est ce que nous ne voulons pas. Le cheval sait toujours ce qu'il veut, mais il ne sait pas toujours ce que nous voulons, et donc nous devons lui apprendre ce qui est pour nous «bon» ou «mauvais».

Nous devons donc employer la pression et le confort à bon escient, en rendant confortable ce que nous souhaitons et inconfortable ce que nous ne souhaitons pas. A nous de créer pour le cheval les expériences qui vont lui permettre d'apprendre ce que nous voulons qu'il apprenne.

Dans certains cas, nous voulons que le cheval s'habitue à une pression particulière. Par exemple, la selle sur le dos du cheval crée une pression sur lui. Un jeune cheval n'est pas habitué à cette pression. Quand on va pour la première fois de sa vie lui mettre la selle sur le dos, il va chercher comment s'en libérer. Il va alors réagir et souvent, il fait des sauts de mouton. Cependant, rapidement, comme la selle reste sur son dos, il apprend à oublier cette pression. Bientôt, il acceptera la selle pour le reste de sa vie, sans qu'on ait à intervenir.

Une pression à laquelle le cheval s'habitue n'a plus de sens pour le cheval. Il apprend à la tolérer, à l'oublier, et il ne réagit plus à cette pression.

Au contraire,  il y a des pressions pour lesquelles on veut qu'elles aient du sens pour le cheval. En particulier, les aides ne sont que des pressions qui doivent avoir du sens. Le sens, c'est le comportement que la pression doit motiver pour pouvoir faire cesser la pression.

Si une pression doit avoir un sens, elle ne doit donc pas être constante, sinon elle perdra son sens. Si la pression perd du sens, on devra utiliser une pression de plus en plus forte pour que le cheval réagisse.

Si par exemple le filet est ajusté trop serré et que le mors exerce une pression permanente, le cheval apprend à tolérer cette pression dans sa bouche. Le cavalier devra alors exercer avec les rênes une pression supérieure à cette pression permanente pour que les rênes fonctionnent.

Si on utilise les jambes à chaque foulée pour que le cheval avance, le cheval apprend à tolérer la pression des jambes. Il deviendra alors moins sensible aux jambes.

Si au contraire nous voulons un cheval léger, alors nous voulons que le cheval réagisse à une pression la plus légère possible. Si la demande initiale est légère, que le confort est offert dès que le cheval répond et que l'inconfort n'est appliqué que si le cheval ne répond pas de la manière attendue, alors on donne au cheval la possibilité de répondre à une aide légère.

Quand le cheval apprend, une pression supposée avoir un sens n'a pas encore de sens pour lui. Pour l'aider à trouver le comportement attendu, peut-être qu'une certaine intensité dans la pression sera nécessaire pour que la compréhension s'installe. Au fur et à mesure, la pression prendra un sens pour le cheval et on pourra l'alléger. Ainsi, la pression deviendra pour lui un signal. On établit par la pression un mode de communication. Si la compréhension est là, la force devient inutile pour que le cheval nous comprenne.

Le cheval est un animal d'une grande sensibilité. On n'imagine pas à quel point une pression peut être extrêmement légère tout en étant comprise. Il est possible d'affiner les aides jusqu'à ce qu'elles soient imperceptibles.

Si vous me comprenez, il est inutile que je crie, et je pourrais même chuchoter. Si vous ne me comprenez pas alors vous ne me comprendrez pas mieux si je crie. Quel que soit le cas de figure, utiliser une pression excessive sur le cheval est contre-productif.

Pourquoi exercer des pressions de plusieurs kilos, si le cheval peut comprendre une pression de quelques grammes? On croit que plus on met de force, plus on est efficace, mais c'est exactement le contraire. Si on cherche à être aussi léger que possible, tout en utilisant une pression plus forte quand c'est nécessaire, on peut aller vers la légèreté.

La légèreté est un objectif. Ceci ne veut pas dire que jamais il n'y a d'intensité dans la pression que l'on applique. Parfois, par envie d'être léger, quand le cheval ne répond pas à une aide légère, on augmente la pression progressivement. Dans ce cas, il se peut que le cheval s'habitue à l'augmentation de la pression car celle-ci arrive trop lentement. On veut être léger, mais on rend alors le cheval insensible. Si au contraire, on augmente la pression par pallier, chaque augmentation sera ressentie par la cheval et aura du sens pour lui. Si alors le cheval comprend, nous pouvons lors de la prochaine demande redemander avec légèreté. Toujours, on offre au cheval l'opportunité de répondre avec une demande légère en premier et il bientôt il comprendra que son intérêt est de répondre à cette demande légère.
  
Utiliser la pression, ce n'est pas utiliser la force sur le cheval pour obliger le cheval à produire une réaction donnée. Quand on force le cheval, il sait que la personne veut le forcer, et ça ne crée pas une relation positive entre le cheval et la personne. Si on utilise la pression, on laisse l'initiative au cheval. C'est lui qui doit agir pour retrouver le confort. Il a le choix entre lutter contre la pression et céder à la pression. Il peut arriver à penser que la pression ne vient pas de nous mais de lui, puisqu'il peut, par ses actions, choisir comment réagir à cette pression. Au lieu de plier face à notre force, il choisit l'action qui lui donne du confort.

La pression ne doit pas avoir de caractère agressif pour le cheval. Si la pression est perçue comme un agression, alors le cheval sera susceptible de vouloir se défendre comme l'agression. Son instinct de survie sera activé, et il sera susceptible d'avoir un comportement que nous ne souhaitons pas. On ne pourra pas lui reprocher ce comportement, puisqu'il fait ce qu'il pense être utile pour se protéger.

La pression n'est pas une commande mécanique pour actionner le cheval. Le cheval a des émotions, des envies et il a sa propre volonté. En cherchant à chaque moment à ressentir ce qu'il ressent, on peut s'adapter à lui pour communiquer de la manière appropriée. Chaque cheval est unique, et un cheval donné sera différent maintenant de ce qu'il était il y a un instant. Il faut s'adapter à chaque instant.

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lundi 13 novembre 2017

Décomposer les difficultés

Quand un cheval, lors d'une randonnée, refuse de passer sur un petit pont en bois, nous nous demandons comment arriver à le décider pour surmonter cette difficulté. Devons-nous insister? attendre qu'il change d'avis? donner plus de jambes ? utiliser notre cravache ou nos éperons? renoncer?

Avant tout, nous pouvons essayer de nous mettre à la place de notre cheval, et essayer de comprendre pourquoi il refuse de passer.



Il se peut qu'il n'aime pas marcher sur une surface en bois, car c'est une chose inhabituelle pour lui. Les chevaux aiment savoir où ils mettent les pieds et veulent être sûr qu'une surface est solide et sans risque. C'est pour ceci aussi qu'ils peuvent être méfiant pour monter sur la rampe d'un van, ou pour marcher dans une flaque d'eau ou sur une bâche.

Un cheval n'aime pas toujours s'engager sur un passage étroit qui restreint sa liberté de mouvement, et un petit pont avec des barrières sur chaque côté peut l'inquiéter.

Peut-être aussi que le bruit ou le mouvement de l'eau qui passe sous le pont l'inquiète s'il n'a pas l'habitude des rivières.

Nous voyons une difficulté unique : le pont. Mais le cheval voit lui une somme de choses qui, réunies, activent son instinct de survie.

Si on identifie les différents éléments qui provoquent la peur du cheval, il sera plus facile de les travailler isolément au préalable.

Avec quelques vieilles palettes de bois renforcées en clouant des planches dessus, on peut fabriquer une plateforme sur laquelle on peut apprendre au cheval à marcher.

On peut avec des chandeliers fabriquer un passage étroit dans la carrière pour l'entraîner à s'engager dans un espace contraint.

Il suffit de le laisser brouter sur le bord d'une rivière pour qu'il s'habitue vite à son tumulte.

Face à un refus du cheval face à une difficulté, on est tenté d'utiliser plus de pression pour réussir à surmonter cette difficulté dans l'instant. On prend alors le risque de surexposer le cheval, ce qui peut être dangereux sur le moment et aussi avoir des conséquences négatives sur le comportement futur du cheval et sur notre relation avec lui.

Sur le moment, on peut encourager le cheval et lui laisser le temps d'analyser son environnement de manière à ce qu'il prenne confiance. Si ce n'est pas suffisant, il faut que le cheval soit mieux préparé à aborder la situation. Comprendre comment le cheval perçoit cette situation permet de déterminer les différents éléments pour lesquels on peut aider le cheval à prendre confiance. En procédant par étapes, graduellement, le cheval prend confiance peu en peu en lui et dans la personne qui le guide.

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lundi 6 novembre 2017

Traduction des aides

Considérons un cheval qui, au sol, a appris à baisser la tête quand on le lui demande en tirant la longe du licol vers le bas. Si on veut maintenant lui apprendre à baisser la tête quand on appuie avec notre main sur l'encolure derrière les oreilles, alors on peut utiliser ce qu'il sait déjà.

Il suffit de demander au cheval de baisser la tête en utilisant à la fois la longe et la main sur l'encolure. Au début, on utilisera surtout la longe et peu la main. Puis, peu à peu, en répétant l'exercice, on demandera en utilisant plus la main et moins la longe. Rapidement, le cheval sera capable de comprendre le sens de l'aide qu'il ne connaît pas, en l'associant à l'aide qu'il connaît déjà. Cette compréhension interviendra presque sans effort, si on opère une transition douce entre les deux aides.

Ce type d'apprentissage peut permettre de «traduire» une aide en une autre, ou même, un système d'aides en un autre.

Dans l'apprentissage du cheval, on peut démarrer en utilisant des aides qui sont les plus claires possible pour le cheval. On pourra ensuite, en utilisant ce principe, passer à des aides qui auraient été difficilement compréhensibles autrement.

Par exemple, on peut facilement diriger un cheval au sol, si on utilise un licol avec sa longe. Puis, on peut essayer de le diriger avec la position et l'énergie de notre corps, en comptant peu à peu de moins en moins sur la longe. On peut même retirer le licol de la tête et l'attacher seulement autour de l'encolure pour que la longe soit toujours là, mais moins «présente». Progressivement, le cheval comprend le langage de notre corps et nous-mêmes, nous comprenons comment utiliser notre corps pour être compris.

Quand la compréhension s'installe, nous pouvons alors enlever le licol et la longe complètement, et commencer à diriger le cheval en liberté avec le langage de notre corps.



Cette transition est assez facile, car les chevaux communiquent naturellement entre eux par le langage du corps.

Quand tout ceci fonctionne, on peut alors installer graduellement d'autres aides. Un cheval en liberté peut arriver à comprendre à se diriger dans une direction qu'on lui désigne avec sa main. Cette aide n'est pas naturelle pour le cheval, mais si on sait diriger le cheval en liberté avec son corps, on peut en même temps utiliser des signes de la main et l'association se fera dans le temps.



Le cheval est très observateur et ses capacités d'apprentissage par association sont fortes. Nous pouvons utiliser ces capacités à notre avantage pour installer des aides nouvelles, plus subtiles ou originales.


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