jeudi 24 septembre 2015

Où sont les pieds?

Si vous apprenez une nouvelle danse, vous devez apprendre les pas. C'est-à-dire que vous devez savoir où poser quel pied à quel endroit, à quel moment et de quelle manière. Pour ceci, vous allez commencer lentement à faire les pas et pour déplacer vos pieds, vous devez savoir où ils sont et où les mettre. D'habitude, si vous marchez, vous ne pensez pas à l'endroit où sont vos pieds, c'est inconscient, car vous marchez tous les jours.

Pourtant, savoir où sont vos pieds, c'est indispensable, car c'est quand le pied se lève du sol que vous pouvez le diriger pour le placer à sa prochaine position. Lorsque le pied touche le sol, il a atteint sa destination, et si celle-ci est mauvaise, il est trop tard.

A force de répéter les pas de la danse, vous allez vous les approprier et peu à peu le mouvement deviendra naturel et vous n'aurez plus besoin d'être aussi conscient de la position de vos pieds.

Lorsque vous êtes sur un cheval, les pieds du cheval doivent devenir vos pieds. Pourquoi ne pas vouloir contrôler les pieds du cheval comme vous contrôlez vos propres pieds? N'est-ce pas le plus naturel pour que votre cheval apprenne ou exécute une manœuvre correctement, sans heurt et dans la bonne cadence?

Tout comme pour vos pieds, pour contrôler les pieds du cheval, vous devez savoir où ils sont.

C'est facile à dire, mais c'est réellement difficile d'arriver à savoir ceci avec exactitude. Cela demande du travail.



Au début, commencez au pas, lentement, en se mettant par exemple sur un grand cercle. Essayez de savoir quand l'antérieur gauche se pose sur le sol, et à chaque fois, annoncez "un" à voix haute. Quand vous pensez être à peu prêt juste, demandez à un ami de vérifier que vous avez raison, et si nécessaire de vous dire si vous dites "un" un peu trop tôt ou un peu trop tard. Vous pouvez ensuite annoncer "deux" quand l'antérieur droit touche le sol, puis annoncer tantôt "un" et tantôt "deux" selon l'antérieur que vous voulez annoncer.

Quand vous êtes au point, annoncez maintenant non plus quand le pied touche le sol, mais quand il quitte le sol. C'est plus difficile et l'aide de votre ami s'avérera utile.

Ensuite, refaites ces deux exercices dans le même ordre, mais avec les postérieurs à la place des antérieurs. C'est encore plus difficile, car si vous pouvez toujours jeter un coup d’œil pour regarder les antérieurs, avec les postérieurs vous devez vraiment "sentir". Maintenant votre ami sera réellement indispensable pour vérifier que vous avez raison.

Inutile d'essayer d'arriver à atteindre la perfection en quelques minutes. C'est quelque chose qu'il faut faire et refaire, sur plusieurs jours, plusieurs semaines, jusqu'à ce que ça devienne facile et que sans y penser, vous savez où sont les pieds du cheval.

A partir de là, tout recommence, car vous pourrez essayer au trot, puis au galop.

Mais même seulement au pas, vous pouvez déjà commencer à utiliser votre nouvelle aptitude, ce qui sera une bonne motivation pour la développer. Car maintenant que vous savez où sont les pieds, vous pouvez les diriger.

Comme pour nous-mêmes, c'est quand le pied se lève du sol qu'on peut mieux le diriger. Quand il retombe c'est déjà trop tard et tout replacement sera difficile et nuira à l'équilibre du cheval ou l'agacera. Quand il est au sol, vous ne pouvez plus le bouger, ou pas avant qu'il se lève à nouveau. Maintenant que vous savez quand le pied se lève, vous savez quand vous devez agir pour le diriger.

Avancez les rênes lâches et au pas. Puis, pour aller à droite, quand le cheval lève l'antérieur droit, soulevez la rêne droite et entraînez le pied vers la droite. Il s'agit d'une suggestion réalisée avec douceur, sans tirer, sans mettre de pression. Relâchez la rêne dès que le pied retombe, puis recommencez à chaque fois que le pied droit se lève. Rapidement le cheval va associer la rêne au pied. Vous allez être surpris de voir comment si peu d'action sur la rêne peut avoir autant d'effet. C'est un exercice basique que vous pouvez tout de suite mettre à profit pour améliorer les tournants, voltes, serpentines et cercles serrés.

Même si au début, vous n'agissez pas exactement au bon moment, le cheval commencera à réagir positivement et comme vous essayez d'être avec lui, il essaiera aussi d'être avec vous. Il fait parfois un peu de temps pour que ces choses se mettent en place.

Il y a un autre intérêt à connaître l'emplacement des pieds. Si vous pouvez contrôler où va un pied quand il se lève, il faut aussi penser que quand il est posé, c'est à ce moment qu'il va propulser le cheval jusqu'à quitter le sol.
Si au pas, l'antérieur se lève, le postérieur opposé est posé et propulse le cheval.
Si exactement à ce moment vous agissez du coté opposé avec votre jambe, le mouvement du postérieur va être encouragé, permettant d'allonger la foulée. Si le cheval tente de passer au trot, maintenez-le dans le pas, mais sinon pratiquez en donnant les rênes. Vous verrez comment le cheval peut accélérer ainsi. 

Les possibilités à explorer sont nombreuses dès qu'on sait où sont les pieds du cheval.



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dimanche 20 septembre 2015

Les chuchoteurs n'existent pas

Le terme du "chuchoteur" pour les chevaux ("Horse Whisperer") est apparu pour la première fois au XIX siècle, pour surnommer Daniel Sullivan, un homme de cheval Irlandais qui fit carrière en Angleterre. Il s'occupait des "chevaux à problèmes" et restait très secret sur ses méthodes, allant même se cacher seul avec le cheval dans un hangar ou une écurie. Comme les gens ne comprenait pas ce qu'il faisait, ils imaginaient qu'il parlait le langage des chevaux et leur chuchotait à l'oreille.

Sullivan le Chuchoteur, par Harrison Weir

Ce mot de "chuchoteur" est devenu réellement célèbre, avec le film "l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", avec Robert Redford, Kristin Scott-Thomas et Scarlett Johansson. Ce film est tiré du livre de Nicholas Evans, écrivain anglais.
Le personnage du  chuchoteur, Tom Booker, joué par Robert Redford, est inspiré de trois hommes de chevaux américains : Tom Dorrance, Ray Hunt et Buck Brannaman ("Tom, Buck, Ray" = "Tom Booker"). Nicholas Evans les avait rencontrés en 1994, pour préparer son livre qui devait sortir en 1995.

Que pensaient les principaux intéressés de cette appellation de "chuchoteur"?

Tom Dorrance n'apprécia guère le livre. Nicholas Evans lui écrivit une longue lettre pour s'expliquer, mais n'obtint jamais de réponse.

A la mort de Bill Dorrance, le frère de Tom Dorrance, voilà ce que déclarait Ray Hunt:

"Il n'y a rien de tel qu'un chuchoteur ; ça n'a jamais existé, et ça n'existera jamais. Cette idée est un affront fait au cheval. Vous pouvez parler et écouter les chevaux autant que vous voulez, et si vous faites vraiment attention, vous verrez qu'ils vivent sur cette terre au-delà du langage, et ce langage, quelle que soit la manière dont vous le caractérisez, est une piètre image de ce que les chevaux comprennent d'eux-mêmes et des humains. Vous ne devez pratiquer que trois choses : la patience, l'observation et l'humilité (...) il n'y a pas de mysticisme ou de magie, juste la reconnaissance de notre lien de parenté avec le cheval"

Quand  à Buck Brannaman, qui fut conseiller sur le film, et doubla plusieurs fois Robert Redford, les cheveux teints en blond, il précise:

"Quelqu'un qui ne connaît rien aux chevaux pourrait être trompé, en étant conduit à penser que l'approche est cosmique ou mystique. Il n'en est rien. N'importe qui peut le faire, s'il a la passion de le faire et peut y consacrer assez de temps. Ces gens sont des hommes ou des femmes de chevaux, pas des chuchoteurs"

A une autre occasion il précisa avec humour:


"Si quelqu'un vient à vous et se présente comme étant un chuchoteur, mettez votre main sur votre portefeuille et enfuyez-vous aussi vite que possible !"


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vendredi 11 septembre 2015

Ne pas gâcher la magie

Quand vous éduquez un jeune cheval, et que vous lui apprenez une nouvelle chose, il y a un moment où il fait ce que vous souhaitez, mais ce n'est pas parfait.

Vous le guidez, et il fait de son mieux, mais il n'a pas réellement compris.

Inutile alors de s'en agacer. Il a juste besoin de temps pour comprendre. Ce temps peut se compter en heures, en jours, en semaines ou en mois.

Et puis, sans savoir pourquoi ou comment, soudain il exécute la manœuvre  attendue de la bonne manière. La progression est souvent comme ça, laborieuse, et puis soudain, il y a un déclic.

C'est le moment magique. Un peu comme un petit enfant qui marche toujours deux ou trois pas avant de tomber et puis qui soudain se met à marcher pour de bon. Un vrai petit miracle!



Si l'instant est magique il faut le célébrer en tant que tel, descendre immédiatement du cheval, le féliciter par force grattouilles et s’arrêter là pour aujourd'hui. Quel meilleur moyen pour qu'il comprenne qu'il a trouvé la bonne réponse ?

Si au contraire on cède à la tentation de redemander encore et encore, il va au contraire douter et chercher une autre solution. La magie sera alors gâchée.



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jeudi 10 septembre 2015

Pourquoi refuse-t-il de faire ce que vous demandez?

Quand on demande quelque chose à un cheval, et qu'il ne fait pas ce que l'on a demandé, il est facile d'être frustré, ou même irrité.

Si en plus il y a des gens autour de nous qui peuvent observer ce refus et que notre ego intervient, alors cela aggrave notre irritation. Comment ce cheval peut-il nous faire passer pour un cavalier incompétent devant tout le monde?

On peut alors céder à l'envie d'obtenir un résultat immédiat en forçant la bonne réponse auprès du cheval. Ou même, ne faut-il pas montrer à ce cheval qui est le "Patron" ? Le punir immédiatement de cette flagrante désobéissance ? lui montrer qu'il ne peut pas se payer notre tête impunément?

Plus de pression n'est pas toujours une bonne idée

Avant toute chose, essayons de comprendre le cheval, ce qui se passe réellement en lui, et ce qui s'est déroulé pour l'amener à ne pas répondre à notre demande, ou à répondre d'une manière que l'on ne souhaitait pas.

Lors de notre demande, avions-nous l'attention du cheval? Si vous me parlez sans vous assurer que je suis attentif et à même de vous écouter, il y a de bonnes chances que je ne comprenne pas bien ce que vous voulez ; le cheval n'est pas différent.

Est-ce que le cheval a bien compris la demande? S'il n'a pas compris, il n'est pas surprenant qu'il n'offre pas la bonne réponse. Inutile de redemander de la même manière plus fortement, car renforcer la demande ne la rendra pas plus intelligible. Il faut demander différemment, peut-être en expérimentant, jusqu'à ce que le cheval puisse comprendre. Ayons une idée claire du résultat à obtenir ; préparons soigneusement le cheval à réaliser le mouvement attendu et laissons-lui le temps de comprendre ce qu'il doit faire.

Peut-être que l'on a bien demandé et que le cheval a bien fait. Et puis, on a demandé et redemandé et redemandé à nouveau. Et de demandes en demandes, le cheval se met à faire de moins en moins bien et même fait n'importe quoi. N'est-ce pas de la rébellion? Non : le cheval, ne trouvant pas de récompense pense ne pas donner la bonne réponse. Il s'est mis à chercher une autre réponse. Une réponse qui malheureusement, n'est plus celle souhaitée. Il faut récompenser souvent, et quand la réponse est satisfaisante, il faut savoir s'arrêter.

Peut-être a-t-il compris et qu'il veut faire, mais qu'il ne le peut pas, car physiquement il n'est pas à même de le faire ou de le faire bien. Peut être est-il fatigué ou qu'il a mal ou qu'il a un problème de santé.

Ou peut-être est-il troublé, confus ou qu'il a peur ? Il aura alors besoin de notre soutien et de notre aide.

Peut-être demandons-nous quelque chose qui n'est pas adapté au niveau d'éducation du cheval ?

Peut être aussi qu'aujourd'hui, ce n'est pas son jour. Pensons que, parfois nous aussi, il y a des jours où nous ne sommes pas au meilleur de nous-même alors que certains jours, on est prêt à conquérir le monde.

Parfois, le cheval n'est pas motivé et oui, parfois, mettre plus de pression est nécessaire ; récompensez à la même mesure quand la motivation revient.

Les raisons pour lesquelles le cheval ne fait pas ce que l'on demande sont multiples et il faut les comprendre pour agir de manière appropriée.

Parmi les raisons que l'on peut invoquer, certaines sont impossibles. Jamais un cheval ne veut se jouer de nous ou se payer notre tête ou vouloir nous rendre ridicule. C'est pourquoi nous n'avons aucune raison de nous agacer de ses refus.

Le cheval ne fait qu'agir de la manière qui lui semble la plus appropriée, que ce soit vis-à-vis de sa survie ou pour rechercher du confort. Il n'y met jamais aucune malice, car il en est incapable.

Punir un cheval est toujours inutile, et souvent, ébranle la confiance du cheval et ne fera que perturber sa future capacité à répondre correctement à nos demandes.

Être impatient et forcer le cheval à faire ce que vous désirez ne permet au mieux que d'obtenir qu'une victoire à court terme pour laquelle nous aurons un prix à payer par la suite. Au pire, vous allez créer un conflit ou chacun sera perdant.

Créez une situation intelligible pour le cheval, et laissez-lui le temps de comprendre ce qu'il doit faire. Quand il fera, ce sera son idée, et donc il fera ce que vous attendez avec motivation.

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