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mardi 5 août 2025

Ressentez globalement, agissez avec précision

Le cheval voit le monde comme une vaste fresque qui l’entoure presque à trois-cent-soixante degrés ; la moindre feuille qui bouge au bord de son regard déclenche aussitôt une alerte. Son esprit ne s’attarde pas sur les détails : il capte l’ambiance générale, réagit d’abord pour rester en sécurité, puis seulement il se détend et apprend. L’humain, lui, avance avec un regard beaucoup plus étroit ; il possède, au centre de sa vision, une petite zone très précise qui lui sert à lire, bricoler, compter et planifier. Tout ce qui se trouve en dehors de ce cône net lui paraît flou ou secondaire, et son cerveau a l’habitude de filtrer les informations périphériques pendant qu’il réfléchit.

Quand un cavalier prend conscience de cette différence, il comprend pourquoi un simple sac plastique qui vole loin sur la piste peut faire sursauter son cheval alors que lui ne l’a même pas remarqué. Il comprend aussi pourquoi des demandes données sans considération de l'environnement global et sans ressentir le cheval dans son ensemble le rendent confus. 





En élargissant délibérément son propre regard, le cavalier peut se rapprocher du mode de perception du cheval. Il suffit de détendre les yeux, de laisser entrer la vision périphérique, d’écouter les bruits du manège dans leur ensemble, de sentir le sol vibrer sous les pas, de prendre conscience de ce que tout révèle le cheval sur son état physique et intérieur. Cette vigilance panoramique permet de repérer les signaux minuscules que le cheval envoie : une oreille qui pivote, un muscle qui se tend, un souffle qui change. Lorsque ces signes sont lus dès leur apparition, il n’y a plus besoin de corriger une grande peur plus tard ; on ajuste avant l’escalade, et le cheval se sent compris et donc en sécurité.


Cette posture globale aide aussi à doser les demandes. Au lieu de se cramponner à un objectif précis jusqu’à l’obtenir, le cavalier reste attentif à tout ce qui entoure l’exercice : la fatigue qui monte, le vent qui tourne, le bruit soudain qui trouble la détente, la proximité de l'entrée de la carrière et du buisson sombre qui fait peur. Il devient alors ce partenaire fiable que le cheval recherche naturellement : quelqu’un qui voit venir les choses, qui propose un chemin clair mais reste prêt à l’adapter. Le cheval répond par davantage de confiance, d’envie et de légèreté, parce qu’il sent que l’autre vit le même paysage sensoriel que lui.


En adoptant cette perception plus large et un esprit moins fixé sur les détails immédiats, l’humain tisse un lien où chacun trouve son rôle : le cheval apporte sa faculté d’embrasser l’ensemble, l’humain apporte sa capacité à diriger avec précision quand le moment est juste. C’est dans ce va-et-vient entre panorama partagé et gestes précis que naît une relation harmonieuse, fluide et sûre pour les deux.


English version





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The horse sees the world as a vast fresco that wraps around it almost three-hundred-and-sixty degrees; the merest leaf quivering at the edge of its vision instantly sets off an alert. Its mind doesn’t dwell on details: it catches the overall mood, reacts first to stay safe, and only then relaxes and learns. Humans, by contrast, move forward with a much narrower field of view; at the center of their sight lies a tiny, razor-sharp zone they use for reading, tinkering, counting, and planning. Everything outside that clear cone seems blurry or secondary, and the brain is used to filtering out peripheral information while it thinks.


When a rider becomes aware of this difference, they understand why a lone plastic bag fluttering far down the arena can startle their horse even though they never noticed it. They also grasp why cues given without regard for the broader environment—and without feeling the horse as a whole—leave the animal confused.


By deliberately broadening their own gaze, the rider can edge closer to the horse’s way of perceiving. Soften the eyes, let peripheral vision flow in, listen to the arena’s sounds as a whole, feel the ground vibrate beneath every hoofbeat, and notice everything the horse reveals about its physical and inner state. This panoramic vigilance lets one spot the tiniest signals the horse sends: an ear that swivels, a muscle that tightens, a breath that changes. When such signs are read the moment they appear, there is no need to fix a big fright later; you adjust before things escalate, and the horse feels understood—and therefore safe.


This overall stance also helps to calibrate requests. Instead of clinging to a precise goal until it is met, the rider stays alert to everything surrounding the exercise: rising fatigue, the wind shifting, a sudden noise that disrupts relaxation, the gate’s nearness, the dark bush that looks scary. They become the reliable partner the horse naturally seeks—someone who sees things coming, offers a clear path, yet stays ready to adapt it. The horse answers with more confidence, willingness, and lightness, sensing that the other is living the same sensory landscape.


By adopting this wider perception and a mind less fixed on immediate details, the human weaves a bond in which each plays a role: the horse contributes its capacity to take in the whole, the human supplies the ability to direct with precision when the moment is right. In the ebb and flow between shared panorama and precise gestures, a harmonious, fluid, and safe relationship is born for both.

mercredi 23 octobre 2019

Demander

On peut demander ou exiger.

Quand on exige, l'attitude du cheval sera négative. À l'exigence, on ne peut répondre que par la soumission ou la rébellion. Il n'y a pas d'autre choix laissé.

Avouons-le : quelle est notre propre attitude si quelqu'un exige quelque chose de nous ?

Heureusement pour nous, de par la nature du cheval, il répondra généralement par la soumission et rarement par la rébellion. Les méthodes reposant sur la soumission semblent donc souvent donner de bons résultats.

Pour les quelques chevaux qui vont aller vers la révolte, le cavalier répondra souvent par plus de force jusqu'à obtenir la soumission. Quand malgré tout cela ne fonctionne pas, alors on dit que le cheval a un problème. Il est alors qualifié de cheval «rétif» ou «vicieux».

Quelle est l'alternative à l'exigence ? C'est simplement la demande. Il suffit de demander.




Quelle est la différence entre la demande et l'exigence ? Comment distinguer l'un de l'autre ?

Quand on exige, le cheval doit faire. Il n'a pas d'autre choix. Soit il fait, soit il ne fait pas, et s'il ne fait pas, alors c'est le début de la révolte.  Et cette révolte appelle forcément une réaction de notre part pour y mettre fin.

Quand on demande, le cheval reste libre de répondre positivement à la demande ou non. Le cavalier reste prêt à accepter le fait que le cheval ne fasse pas ce qui est demandé, quelle qu'en soit la raison. Le cavalier n'a alors pas de sentiment négatif ; il ne cherche pas à corriger ou punir.

En cas de refus, cela ne veut pas dire qu'on l'on doit en rester là. Il faut regarder quelle compréhension il nous manque pour formuler une demande qui cette fois-ci sera acceptée. C'est souvent la préparation et la clarté qui feront la différence : il faut présenter ce que l'on souhaite d'une manière qui soit compréhensible pour le cheval.

Il faut que la réponse attendue de sa part soit celle qu'il peut percevoir comme lui apportant le confort et la sécurité. Cette réponse, il doit l'apporter de son plein gré. Il doit choisir de le faire, parmi les autres options qui pourraient être possibles.

Ceci peut demander du temps, car il faut parfois laisser le cheval chercher et même se tromper. Le meilleur apprentissage est celui où on a le droit à l'erreur.

Bien sûr, il y a des circonstances où on n'a pas ce temps. Si on traverse une route et qu'un camion arrive, il doit avancer, et ceci coûte que coûte. On va devoir exiger car l'urgence l'impose. C'est un exemple extrême, mais il a plein de situations dans lesquelles  nos demandes commenceront à ressembler à des exigences. L'important est d'en prendre conscience, d'en mesurer les conséquences et de se demander si cela était réellement nécessaire.

Quelle part de demande et quelle part d'exigence avons-nous ? Le cheval répond-il par soumission ou par choix ?

Le cheval pourra donner bien plus quand on demande sans exiger.

A nous de savoir demander.

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mercredi 12 juin 2019

Domination et liberté

Certains pensent qu'il est nécessaire de dominer le cheval, mais je crois que la relation entre l'homme et le cheval ne doit pas être gouvernée par la domination.

Oui, le cheval doit faire ce que l'on souhaite. Oui, il doit répondre à nos demandes. Mais je ne souhaite pas obtenir sa soumission pour autant.

Je souhaite que le cheval réponde à mes demandes parce qu'il pense que s'il fait ce que je demande, cela lui apportera le confort et la sécurité qu'il souhaite.

La domination, si cela signifie qu'il faut utiliser la force, être agressif ou utiliser la punition, alors le cheval ne va pas agir de bonne volonté et donner le meilleur de lui-même.

Par contre, si on sait montrer au cheval qu'on est la personne à suivre, celui qui agit dans l'intérêt non pas seulement de lui-même mais aussi dans l'intérêt du cheval, celui qui sait guider clairement pour trouver le confort et la sécurité, alors le cheval répondra positivement à nos demandes. Il ne s'agira pas pour lui de se soumettre à une autorité, mais de suivre un référent.

Si on croit qu'il est nécessaire de dominer, alors quand le cheval ne fait pas ce qu'on demande, on interprète son comportement comme une remise en cause de notre autorité. Alors, il semble nécessaire d'agir immédiatement pour «gagner» et que si l'on ne le fait pas, alors on va «perdre». Pour le cheval, il n'y a pas de gagnant ou de perdant. Il n'y a pas de nécessité que l'homme gagne et que le cheval perde. C'est nous qui voyons les choses ainsi, et si nous pensons qu'il doit y avoir gagnant et un perdant, alors nous créons un conflit.

Il est tellement plus simple, si le cheval ne répond pas comme on le souhaite, de s'adapter au cheval, de comprendre ce qu'il ressent et de partir de là pour qu'il comprenne ce qu'on attend de lui, ou pour formuler notre demande d'une manière qui lui permette d'y adhérer.

Souvent, le cheval avait juste besoin d'un peu de temps pour mieux comprendre ou s'approprier l'idée qu'on lui propose. C'est important pour les chevaux de comprendre qu'on est capable de leur donner du temps plutôt que de les forcer à faire. Ceci leur permet d'entrer dans un état mental propice à réfléchir pour mieux apprendre et comprendre.

Quand on rentre dans un conflit avec le cheval, souvent notre fierté et notre ego entrent en jeu. On pense qu'on est personnellement remis en question et qu'il résiste à notre volonté, alors qu'il n'en est rien. Il est alors important de comprendre ce qui se passe pour prendre du recul et arriver à mettre notre ego de côté.

On pense qu'il est pour nous nécessaire de travailler à améliorer son cheval, mais c'est avant tout sur soi-même qu'il faut travailler, sur notre écoute, notre patience, notre clarté dans la communication, notre ego....

Il ne s'agit pas d'être faible et de laisser le cheval prendre le dessus. Il ne doit y avoir ni domination ni soumission que ce soit pour l'homme comme pour le cheval dans cette relation. Encore une fois, il ne s'agit pas de perdre ou de gagner.



En somme, il s'agit d'expliquer et de convaincre. Il s'agit de guider et d'aider. Ceci va demander du temps et des efforts. Alors que si on fait reposer la relation sur la domination, le résultat peut parfois être plus rapidement obtenu. La question est de voir quelle est la qualité d'un résultat obtenu ainsi. Est-ce un résultat solide dans le temps? Est-ce que le cheval se donne pleinement dans la réponse? Est-ce que le succès obtenu dans l'instant permettra d'obtenir des succès plus importants dans le futur? Quand vous obtenez ce que vous voulez dans l'instant, la question est savoir ce que le cheval en retire pour le futur.

Expliquer et convaincre demande du temps, car le cheval doit par l'expérience comprendre que nous suivre est à son avantage. Il faut le démontrer de nombreuses fois par l'exemple. Chaque jour, nous devons être constants dans notre approche, être toujours un leader et un éducateur, mais jamais un dictateur.

Cette approche est aussi difficile, car en laissant plus de liberté au cheval, alors le cheval va exercer cette liberté. Il va donc parfois faire des choses que nous ne souhaitons pas. C'est à nous, en offrant une liberté, d'offrir aussi un cadre, et de laisser au cheval le temps de comprendre comment profiter de la liberté. La liberté n'est pas sans limite. La liberté est nécessaire pour que le cheval puisse exprimer qui il est, mais on doit aussi lui apprendre à respecter les règles auxquelles il doit se conformer dans son cadre de vie. Cela demande du temps pour que le cheval soit à la fois libre et discipliné, et qu'il accepte librement de répondre à nos demandes.

De nombreuses personnes vont penser sincèrement qu'elles ne fondent pas leur relation avec le cheval sur la domination, mais est-ce vrai? Chacun doit s’interroger sur le degré de liberté qu'il offre au cheval, que ce soit dans le travail monté ou dans le travail au sol ou dans n'importe quelle situation. Moins le cheval a de latitude, moins vous le laisser faire par lui-même, et plus vous utilisez la domination. Ce n'est pas tout l'un ou tout l'autre. L'objectif c'est d'amener le cheval à ce qu'il soit avec nous corps et âme, de son plein gré. C'est un idéal que l'on peut poursuivre toute sa vie, inatteignable mais qui nous guide dans la bonne direction.


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samedi 13 avril 2019

La compréhension avant tout

En équitation, les gens pensent que la technique est primordiale et qu'il est nécessaire de suivre une méthode. La technique est importante, mais c'est avant tout une affaire de compréhension entre le cavalier et le cheval.

La compréhension doit être mutuelle. Le cavalier doit comprendre le cheval, il doit arriver à sentir ce qu'il ressent. C'est difficile de réellement comprendre un cheval. Il est facile de le comprendre superficiellement, mais pour le comprendre en profondeur, c'est réellement quelque chose qui doit venir du plus profond de nous-même.

Le cheval doit aussi pouvoir nous comprendre. Est-ce sa responsabilité? Ou la nôtre? Le cheval va comprendre ce qu'il peut comprendre, et c'est pourquoi il est de notre responsabilité de nous présenter au cheval d'une manière qui soit compréhensible pour lui.

C'est pourquoi pour être compris, on doit avoir une bonne perception de ce qu'il pourra comprendre et de ce qu'il ne comprendra pas. Ce qui sera compréhensible pour un cheval à un instant donné, dépend de ce cheval, de ce qu'il ressent, de ce qu'il attend, de ce dont il a besoin à ce moment. Le préalable pour être compris du cheval, est de comprendre le cheval ; c'est ce qui nous permettra de déterminer ce que nous pouvons lui proposer, et de comment le lui proposer pour que ce soit compréhensible pour lui.


Les gens veulent des techniques, des méthodes. Ils veulent savoir ce qu'ils doivent faire dans telle ou telle situation. Mais il y a trop de situations différentes, trop de chevaux différents. Comment proposer une technique qui fonctionnerait dans tous les cas de figure sans considérer le cheval et là où il en est? Si seulement les choses étaient si simples! Non seulement nous devons nous adapter à chaque cheval, mais il est nécessaire de s'adapter pour un cheval donné, à ce cheval tel qu'il est aujourd'hui. Hier, il était différent, et il sera différent demain. Dans l'instant présent, il est dans un état d'esprit donné, et c'est comment il est dans cet instant que nous devons ressentir. Cet état peut changer à chaque seconde, et nous devons nous adapter à chaque seconde. Il ne peut rien y avoir de mécanique dans cette approche, il n'y a pas de méthode à suivre aveuglément. On ne peut qu'essayer de ressentir le cheval à chaque instant, et communiquer en retour sur la base de ce ressenti.

Sans doute, nous ferons des erreurs, à la fois dans notre ressenti tout comme vis-à-vis de ce que nous ferons pour être compris. Ceci est normal. La compréhension mutuelle n'est pas une chose facile et les choses ne se passeront pas toujours comme nous le souhaitons. L'important est alors d'analyser honnêtement la situation et de voir comment nous pouvons mieux comprendre ce cheval et être mieux compris de lui.

Parfois, on croit que le cheval ne veut pas répondre à nos demandes. Nos aides sont techniquement bonnes, et pourtant le cheval résiste. On est agacé de ce qu'on pense être de la mauvaise volonté, alors que souvent il s'agit juste d'un problème de communication et de compréhension. Le cheval ne fait pas ce que nous voulons, mais lui, il ne fait que ce qui lui semble être la meilleure option pour gagner le confort et la sécurité, de son point de vue.

Il ne faut pas négliger la technique, car elle peut nous aider à être mieux compris par notre cheval. La technique est importante, mais elle doit rester au service de la compréhension. Quand la technique ne fonctionne pas, quand la méthode que l'on a apprise ne donne pas le résultat prévu, alors c'est le moment de voir ce que nous devons faire pour mieux comprendre notre cheval et être mieux compris par lui.

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lundi 8 octobre 2018

Attention et rectitude

Quand l'attention du cheval est sur un point et qu'il se dirige vers ce point, alors il y a toutes les chances pour qu'il se déplace en étant calme et droit.

Pensez à un cheval dans son pré. Si on dépose du grain, alors son attention sera sur la nourriture et il se déplacera vers celle-ci. Il dirigera ses oreilles vers l'objectif et alignera son corps. Ces pieds fonctionneront de manière homogène, et son poids se répartira entre les pieds, l'avant-main fonctionnant avec l'arrière-main, l'un complétant l'autre.



Si au contraire son attention est sur un point et qu'il se dirige ailleurs, alors il y toutes les chances qu'il se déplace sans être droit. Il sera aussi probablement contracté.

Pensez maintenant à un cheval dans un pré qui est chassé par un autre cheval qui le menace de lui mordre la croupe. Il fuira à l'autre bout du pré, mais son attention sera derrière lui, sur son poursuivant . Il aura au moins une oreille orientée vers lui. Son encolure sera courbée, et le reste de son corps aussi. Son corps va se contracter et ses pieds ne seront pas équilibrés.




Quand on est avec notre cheval, que ce soit au sol ou monté, on peut essayer de ressentir où se porte son attention. On peut aussi observer comment son attention change, et comment nos propres actions peuvent aussi conduire le cheval à rediriger son attention. Parfois, ces actions sont volontaires, et parfois elles sont involontaires. Sans le vouloir, on peut diriger l'attention du cheval au mauvais endroit. Il faut être attentif à comment nos actions influent sur son attention.

Sommes-nous capables de faire en sorte que l'attention du cheval soit là où il doit aller? Sommes-nous capables de visualiser par où le cheval doit passer et de diriger notre propre attention ?

Avant même le premier pas, on peut visualiser ce que l'on veut que le cheval fasse et où on veut le diriger. Notre attention peut aider le cheval à diriger son attention et à se  préparer. Ainsi, quand le cheval part, si son attention et la notre se confondent, il pourra être droit.

Le cheval droit, c'est quand le cheval et son cavalier vont au même endroit d'un même accord.

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samedi 15 septembre 2018

Reconnaître l'instinct de survie du cheval

Nous le savons : le cheval est une proie, et sa nature fait que son instinct de survie est très fort.

Pourtant nous avons parfois tendance à oublier ce fait. Nous voulons que le cheval réponde à nos demandes ; quand il résiste ou veut se soustraire à nos demandes, nous pensons qu'il se moque de nous et que nous devons faire preuve d'autorité. Pourtant, il se peut que si le cheval agit comme il agit, ce n'est pas par malice, mais parce qu'il suit son instinct de survie.

Quand le cheval est préoccupé, il a besoin qu'on reconnaisse ce sentiment en lui. Il a besoin de voir qu'on comprend sa préoccupation et ce qui la cause. Il veut voir qu'on adapte notre attitude et notre comportement en fonction de ce qu'il ressent.

Le simple fait que l'on adapte notre attitude quand il est préoccupé lui montre qu'on reconnaît ses sentiments. Cela ne veut pas dire qu'on doit laisser le cheval prendre le dessus, ni qu'on doit le cajoler et le surprotéger à la moindre émotion. Il s'agit juste de comprendre ce qu'il ressent et de le guider et de l'aider.

Si alors que son instinct de survie est engagé, nous reconnaissons ce sentiment en lui et nous agissons pour lui apporter confort et sécurité, alors nous obtiendrons sa confiance. Il est prêt à nous suivre, non pas parce qu'on est «supérieur» mais parce qu'on sait lui montrer le chemin de ce qu'il doit faire pour retrouver la sécurité.



Ceci semble simple, mais souvent nous passons à côté de la compréhension dont le cheval à besoin.

Parfois le cheval est préoccupé, mais nous nous en rendons pas compte. Ou nous tardons à le réaliser. Ou on le réalise, mais nous ne comprenons pas la cause de son émotion. Nos sens sont moins sensibles que ceux du cheval ou nous ne sommes pas assez attentifs. Il se peut aussi qu'on perçoit ce qui préoccupe le cheval, mais qu'on ne comprenne pas que cette chose puisse causer une telle émotion. Quand un cheval est préoccupé, il ne simule jamais. Si on n'en comprend pas la raison, ce n'est pas qu'il agit sans raison : c'est que nous n'avons pas encore réussi à comprendre la raison. Nous devons alors nous efforcer à identifier cette cause et à comprendre la réaction qu'elle provoque.

Parfois nous comprenons que le cheval est préoccupé, et même nous comprenons ce qui le préoccupe, mais nous décidons de ne pas le prendre en compte. Autrement dit, nous pensons que le cheval doit avant tout répondre à nos demandes, et donc nous ignorons son état d'esprit et nous n'adaptons pas notre approche et notre attitude. Si nous agissons ainsi, il faut réaliser que cela peut être très angoissant pour le cheval lorsqu'on ignore totalement ce qu'il ressent. Si son instinct de survie est déjà engagé, cela ne fera qu'aggraver la situation, et le cheval sera encore moins en capacité de répondre à nos demandes.

Le cheval a besoin de savoir que quoiqu'il arrive, nous sommes avec lui. Il a besoin de comprendre qu'on ressent ce qu'il ressent, à chaque instant, et qu'on agit en fonction de ce qu'il ressent. Le cheval aussi ressent ce que nous ressentons et agit en fonction. Il le fait en permanence et attend la même chose de nous.

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dimanche 12 août 2018

Ensemble au sol

Au sol et le cheval en main,le cheval doit avancer avec nous. Il doit rester à nos cotés, sans qu'il soit nécessaire de tendre la longe et sans qu'il cherche à nous devancer.

Si on marche lentement, le cheval marche lentement. Si on marche vite, il marche vite. Si on court, il trotte avec nous.

Quelle que soit la vitesse, si on tourne à gauche ou à droite, il nous suit, sans qu'il soit nécessaire de le pousser ou de le tirer, car il garde une distance constante avec nous.

Si on s'arrête, il s'arrête. Si on recule, il recule. Il suit chacun de nos pas.

Le cheval doit être avec nous au sol, quelles que soient les circonstances. Dans la carrière ou le manège, dans les allées de l'écurie, en extérieur, que le cheval soit distrait, effrayé ou attiré par quelque chose.



C'est un objectif simple que l'on peut se fixer: qu'au sol, le cheval soit toujours avec nous. C'est une unité à créer. Nous menons et il suit ; c'est comme un enfant qu'on tient par la main, ou comme un couple de danseurs où l'un mène la danse et l'autre partenaire se laisse guider.

Créer cette unité au sol est moins simple qu'il n'y paraît. C'est une chose simple et qui n'a rien de spectaculaire, mais c'est une petite chose qui fait une grande différence.

Parfois, on me demande: «quel est le meilleur exercice à faire dans le travail au sol ?». Une chose simple mais importante à travailler est que le cheval reste avec nous quoi qu'on fasse et quoi qu'il arrive.

Comment espérer que le cheval soit vraiment avec nous quand on le monte, si déjà au sol,  nous n'avons pas réussi à créer par la communication une relation d'unité?

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dimanche 1 juillet 2018

Sauter en liberté

Le travail au sol est un moyen pour améliorer le travail monté. Si on fait sauter un cheval au sol, cela peut être un moyen pour l'aider à mieux sauter une fois monté. En particulier, un cheval qui manque de confiance, dérobe ou pile face à l'obstacle peut bénéficier de ce travail au sol, et ceci sans risque de chute pour le cavalier.

Il est possible de faire sauter un cheval en main, mais il est facile de le gêner avec la longe. Si le cheval possède les bases du travail en liberté, il sera plus commode de le faire sauter en le laissant libre. L'idéal est de travailler dans un petit manège dans lequel on peut facilement rester avec le cheval.

En démarrant au plus facile et en procédant très graduellement, la progression sera plus facile et plus certaine. Le plus facile est de démarrer avec un seul obstacle et de positionner celui collé à la longueur du manège. Le cheval pourra toujours l'éviter en passant par l'intérieur, mais il ne pourra pas se dérober par l'autre côté.

Quelle hauteur d'obstacle pour démarrer? Le plus facile, c'est de commencer avec la barre au sol. Le premier objectif est que le cheval doit comprendre qu'il doit passer l'obstacle, et laisser la barre au sol va l'aider.





Il suffit alors de marcher avec le cheval sur la piste. Quelques mètres avant l'obstacle, on se met à trottiner pour que le cheval trotte également et on désigne l'obstacle. Quand le cheval est bien face à l'obstacle, on se met en retrait et on laisse le cheval sauter la barre. Après le saut, on le félicite et on lui laisse le temps d'apprécier son exploit.

Cela doit toujours rester le choix du cheval que de sauter ou de ne pas sauter. On ne doit pas chercher à «coincer» le cheval d'une manière ou d'une autre pour le forcer à sauter. S'il saute, il est récompensé, s'il ne saute pas, alors ce n'est grave, il suffit de continuer à courir avec lui, de refaire un tour, et il y aura une nouvelle chance. Peut-être qu'il faudra plusieurs tours avant qu'il ne choisisse de sauter. À nous d'être patient, et de continuer jusqu'au moment où il prendra la décision que l'on espère.

Nous rendons facile la bonne chose et difficile la mauvaise chose. La «bonne chose» c'est que le cheval saute, ce qui lui amène le confort : félicitation et repos. La «bonne chose» c'est aussi que le cheval accepte de se mettre face à l'obstacle, prêt à sauter, et c'est pourquoi se mettre en léger retrait au moment du saut est important. Nous faisons moins de pression sur lui en prenant un peu de distance, et cela le récompense d'aller vers l'obstacle.



La «mauvaise chose», c'est qu'il dérobe ou pile. Il suffit alors de le faire repartir avec énergie. Cela lui demande de continuer à travailler et cet inconfort est suffisant. Il est inutile de réprimander.

On offre un choix au cheval, sauter ou ne pas sauter. L'un de ces choix apporte un inconfort et l'autre le confort. Il va prendre sa décision, qui est de sauter.

Quand le cheval réussit à sauter à une main, alors on peut le faire sauter à l'autre main.

Quand il a sauté aux deux mains, on peut lever la barre un cran plus haut.



Quand il saute bien l'obstacle sur le bord du manège, on peut rapprocher l'obstacle du centre du manège. Alors le cheval pourra dérober des deux côtés et c'est une difficulté. Pour faciliter cette transition, on pourra remettre la barre au sol et commencer à la remonter au fur et à mesure des succès.

Quand le cheval passe un obstacle de manière fiable, quelque soit son emplacement, on peut essayer d'ajouter un obstacle. Puis, un troisième quand cela fonctionne avec deux, et ainsi de suite jusqu'à avoir un parcours.

Il est aussi possible de varier les obstacles, d'en changer le type, d'y ajouter des objets étranges, comme une bâche, un parapluie, un drapeau...

Il n'y a que notre imagination qui peut nous limiter ; il s'agit à la fois de varier les choses pour maintenir l'intérêt du cheval et le faire progresser tout en restant progressif pour qu'il finisse toujours par réussir.

Si le cheval ne réussit pas car on lui en a demandé trop, alors il ne faut pas hésiter à revenir en arrière et à lui proposer à nouveau quelque chose qu'il va réussir. Chaque séance doit se terminer sur un succès. L'important n'est pas d'arriver à un résultat donné un jour donné : il y aura toujours un lendemain pour faire mieux qu'hier. L'important est que le cheval gagne en confiance, dans les obstacles, en nous, et en lui-même. Quand c'est le cas, on pourra être surpris de voir le cheval prendre un grand plaisir à sauter à nos côtés.

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jeudi 7 juin 2018

Désensibiliser ou donner du sens?

Quand le cheval ne peut se soustraire à un inconfort quoi qu'il fasse, son instinct de survie va prendre le dessus. Il va possiblement essayer de fuir ou même de combattre.  Cependant, il peut y avoir un moment pour lui où tout semble inutile, et il peut alors apprendre à tolérer l'inconfort.

On parle alors d'habituation ou de désensibilisation.

Dans certains cas, la désensibilisation va nous servir. Par exemple, le jeune cheval au débourrage risque de percevoir la selle comme un inconfort. On peut le préparer à recevoir la selle, mais il y aura toujours le moment où on devra sangler la selle pour la première fois. À ce moment, le cheval n'aura pas d'autre option que d'accepter la selle. Selon le cheval et la préparation, cette acceptation peut survenir avec plus ou moins de réactions de la part du cheval. Certains essaieront de fuir, de se débarrasser de la selle, mais la selle restant accrochée sur le dos, le cheval finira par l'accepter.

Pour ceci, le cheval diminue sa sensibilité. Comme dans cet exemple, c'est parfois nécessaire, mais il y a des conséquences.

Avez-vous envie de perdre votre sensibilité ? Pour ma part, je pense que ma sensibilité est une richesse et je crois que chaque être vivant doit pouvoir être sensible.

Un cheval sensible saura s'exprimer avec brio

 Les chevaux sont des animaux naturellement très sensibles. Doit-on accepter cette sensibilité ou doit-on la réduire ? On parle beaucoup dans le monde du cheval de la désensibilisation et on voudrait pouvoir désensibiliser le cheval à tout ce qui peut le faire réagir.

Désensibiliser un cheval à quelque chose est facile. On trouve aisément des cours et des vidéos expliquant comment désensibiliser.

Si on abuse de la désensibilisation, alors le cheval perdra globalement sa sensibilité. Il ne réagira plus à rien et au lieu d'avoir un cheval alerte et réactif, nous devrons utiliser des pressions importantes pour obtenir une réaction.

Notre objectif premier ne devrait pas de désensibiliser le cheval mais de le rendre capable d'analyser une situation, de prendre sur lui, et de lui apprendre à se tourner vers nous.

Notre rôle est de rendre le cheval plus fort, plus expérimenté, plus confiant : nous pouvons préparer pour lui des expériences qui lui permettent d'apprendre à mieux connaître le monde qui l'entoure. C'est un processus d'apprentissage du cheval et on doit le soutenir dans son effort, pas le forcer à se résigner.

Il est normal que le cheval soit sensible. Comme le cheval est sensible et que son instinct de survie est fort, il est normal qu'il puisse avoir peur. Nous devons accepter ce qui fait sa nature, et le guider pour qu'il apprenne à appréhender ce qui peut l'inquiéter, avec notre support.

Pour ceci, on peut penser à ces quelques pistes de réflexion dans notre travail:

Quand quelque chose fait peur au cheval au point de poser un problème, alors il faut adresser le problème. Pour ceci, on doit habituer le cheval à cette chose, mais sans excès, et sans chercher absolument à ce que le cheval devienne totalement indifférent.

Quand le cheval a peur, on peut laisser le maximum d'initiative au cheval et lui imposer le minimum de choses. Plus on lui laisse le choix entre fuir et explorer,  plus il surmontera ses peurs par lui-même. Quand le cheval fuit, ce n'est pas grave, car on peut toujours le conduire à revenir affronter sa peur. Quand le cheval décide d'aller de l'avant, d'explorer, alors c'est le moment où nous pouvons lui donner le maximum de confort et de liberté. En effet, ce que nous souhaitons récompenser, ce n'est pas le moment où le cheval n'a plus peur, c'est le moment où le cheval accepte de prendre sur lui pour contrôler sa peur.


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vendredi 25 mai 2018

Equilibrer

Dans les mouvements qu'il fait, le cheval doit rester équilibré. Plus le cheval sera équilibré, et plus il aura de facilité à effectuer une manœuvre. Moins le cheval est en équilibre, plus il sera gêné dans ses mouvements. Déséquilibré, il peut être perturbé, car il sent qu'il est à la limite de la chute, laquelle peut effectivement se produire.

Le cavalier vient perturber l'équilibre naturel du cheval en surchargeant l'avant-main. Si le cheval a naturellement plus de poids sur l'avant-main, le cavalier vient encore accroître ce déséquilibre.

Pour s'équilibrer, le cheval peut utiliser son corps. Principalement, il peut s'équilibrer à l'aide de son encolure, de sa tête et en engageant ses postérieurs.

En déplaçant son encolure et en fléchissant plus ou moins sa tête, il déplace le poids de son encolure et de sa tête par rapport au reste du corps. Ceci va déplacer son centre de gravité.

En engageant ses postérieurs sous son corps, il reporte son poids sur l'arrière-main et allège donc l'avant-main.

Si le cheval a du fait du cavalier trop de poids sur l'avant-main, il doit se rééquilibrer vers l'arrière. Ceci passe par le fait de relever l'encolure, fléchir la tête et engager les postérieurs : c'est l'objectif du rassembler.

Pour permettre au cheval d'être équilibré, nous pouvons avoir deux approches.

La première est d'amener le cheval dans une position lui permettant d'avoir un meilleur équilibre et de l'y maintenir.

La seconde est d'aider le cheval à s'équilibrer par lui-même.

Qui est le mieux placé pour savoir comment s'équilibrer au mieux sinon le cheval lui-même? Il peut à chaque instant ressentir comment il est équilibré et aussitôt utiliser son corps pour s'équilibrer.

Le cheval bien mis s'équilibre par lui-même


Pour arriver à ce résultat, le cheval doit apprendre à équilibrer son corps avec le cavalier. C'est notre rôle de créer des situations dans lesquelles le cheval devra travailler à cet équilibre. Pour ceci, il faut mettre le cheval dans des situations où l'équilibre est menacé, ce qui le poussera à utiliser son corps pour s'équilibrer. Il apprendra ainsi, avec notre soutien, à s'équilibrer.

Ces situations sont simples: il y a les pentes et les transitions.

Quand il monte ou qu'il descend une pente, le cheval devra s'équilibrer. Au début, nous pouvons nous assurer que le cheval reste au pas. Puis laissons le plus possible aller les rênes, qu'il puisse positionner son encolure et sa tête avec le plus de liberté possible. Le travail en descente est le plus intéressant, car il conduit au relèvement de l'encolure et à l'engagement des postérieurs, c'est-à-dire ce que nous souhaitons obtenir dans le rassembler.

Dans la transition, le cheval voit son équilibre menacé. C'est donc une chance pour le cheval de travailler son équilibre. Cependant, le déséquilibre provoqué par la transition est bref et donc le cheval a plus de difficulté à apprendre que dans le travail en pente.

Quand le cheval travaille bien dans la pente et dans les transitions sur le plat, alors on peut combiner les deux. On peut privilégier les transitions dans la descente, en particulier pas-arrêt-reculer. Le fait de stopper puis de reculer dans une descente permet au cheval d'alléger son avant-main et d'engager davantage les postérieurs.

La nature offre des opportunités d'apprentissage


Une autre situation, similaire à la pente, est de travailler sur une marche. Si on n'a pas de marche à notre disposition, on peut construire un dispositif avec des palettes en bois que l'on renforce pour supporter le poids du cheval.

Une autre variation, est de construire une grande bascule avec un plan en bois qui repose sur un rondin ou une poutre. La bascule permet d'offrir un défi intéressant aux chevaux.

Nous pouvons imaginer d'autres situations ; le principe est toujours le même : mettre le cheval dans une situation dans laquelle il doit rétablir son équilibre et lui laisser apprendre à utiliser son corps pour assurer son équilibre. Si dans une telle situation nous pouvons ponctuellement aider le cheval, nous devons surtout le plus possible le laisser libre. Ce ne sont pas nos mains qui alors agissent pour placer le cheval. Au contraire, essayons de ne pas le gêner pour utiliser son corps, et pour ceci, rendons-lui les rênes autant que possible.

Créons une situation permettant au cheval d'apprendre. Puis, faisons-lui confiance pour mener son apprentissage. Notre rôle est de le guider et de le soutenir, en lui laissant le maximum d'autonomie.

En ne travaillant que dans la carrière et dans le manège, on a moins d'opportunités pour créer de telles situations. 

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mardi 1 mai 2018

Le cheval qui refuse d'avancer

Il peut arriver lors d'une promenade que le cheval stoppe soudainement sans raison apparente.

Le premier réflexe est alors de lui demander d'avancer à nouveau, mais s'il ne veut vraiment pas avancer, alors ses pieds resteront figés sur le sol.

Bientôt, devant ce refus, on demande plus fort : plus de jambes, cravache, éperons... Pourtant, le cheval ne veut toujours pas avancer, et un conflit s'installe. On met de la pression, on exige, mais rien n'y fait et le cheval cherche ce qu'il peut faire face à cette pression, sans pour autant avancer.

Il peut alors essayer de faire demi-tour, de sortir du chemin, et dans ce cas, nous allons essayer de le remettre dans la bonne direction, de l'y maintenir, pour lui demander d'avancer à nouveau.

Comme le cheval ne veut pas avancer et qu'il ne peut pas partir, il va chercher une autre solution. Il peut alors essayer de reculer, et plus on lui demande d'avancer, plus il recule. Il peut aussi aller vers des comportements plus dangereux, tel que se cabrer ou ruer. On veut avancer, mais le cheval ne veut pas avancer, et un conflit s'est installé. Le cheval adopte une défense, et si celle-ci est efficace, alors le comportement est susceptible de se reproduire les jours suivants.

Comme le cheval ne semble pas avoir de raison valable pour s'arrêter, on peut penser, à tort, que le cheval se moque de nous ou veut prendre le dessus. Croire ceci peut nous inciter à exacerber le conflit.



Généralement, un cheval refuse d'avancer car son instinct de conservation lui dicte de le faire. Qu'il s'agisse de peur ou d'anxiété, forcer le cheval à avancer contre son gré ne permettra pas de le rendre plus confiant.

Il est impossible de diriger un cheval qui n'avance pas.  Si les pieds du cheval sont comme gelés, il faut d'abord les débloquer et obtenir que le cheval bouge. Peu importe dans quel sens le cheval acceptera de se déplacer : devant lui, sur la gauche ou sur la droite, pour peu qu'il se déplace.

Plutôt donc que de forcer le cheval à continuer dans la direction que l'on souhaite, attachons-nous à obtenir un mouvement en déverrouillant ses pieds.

Sans utiliser les jambes, on peut utiliser une rêne directe, à gauche ou à droite, en mettant la main très à l'extérieur. La main doit exercer une pression latérale, sans tirer vers l'arrière. Maintenez cette pression, et attendez que le cheval se déplace d'un seul pas de côté. Quand le cheval bouge ses pieds, cessez toute pression sur la rêne. Le cheval s'est déplacé, peut-être juste d'un seul pas, mais c'est bien ce que l'on souhaite et on doit lui signifier en offrant du confort.

Si bien que l'on ait maintenu la pression sans rien faire, le cheval ne se décide pas à bouger, au bout d'un moment, essayez de le décider en tirant rythmiquement sur la rêne, comme en «pompant», sans relâcher la pression, et ceci jusqu'à obtenir un pas.

Quand le cheval a accepté de se déplacer d'un pas d'un côté, attendez quelques instants puis prenez la rêne de l'autre côté, et procédez de la même manière, pour obtenir un pas de l'autre côté. Recommencez encore, et en allant un pas à gauche, un pas à droite, puis à gauche et ainsi de suite, le cheval va avancer. Dès que le cheval fait un seul pas en avant, caressez-le quelques secondes.

Ce que nous nous attachons à faire, c'est que bouger ses pieds apporte du confort au cheval alors que rester immobile apporte un inconfort. Ceci doit l'amener à la «bonne» décision: bouger. Si le cheval accepte de bouger ses pieds, c'est un progrès et on peut construire sur ces bases, quelle que soit la direction qu'il ait pris.

Dès qu'il se déplace, allons avec lui. C'est une fois que l'on est avec lui que l'on peut commencer à lui demander d'aller avec nous. On peut alors essayer de lui demander de reprendre la direction que l'on souhaite.

Quand le cheval refuse d'avancer par peur ou anxiété, il a besoin de notre soutien, de nos encouragements et parfois, besoin de temps pour examiner et comprendre la situation pour décider qu'il peut avancer. Il n'a pas besoin de subir des mesures de coercition visant à le faire avancer dans une direction imposée qu'il ne peut accepter.

Ce qui peut nous guider sur ce que nous devons faire pour aider le cheval, c'est de comprendre ce qu'il ressent dans la situation dans laquelle il est, de voir les choses de son point de vue. Le cheval a toujours des raisons pour agir comme il agit ; si nous pouvons comprendre ses raisons, nous pouvons avoir des actions appropriées.


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jeudi 22 mars 2018

Changer pour progresser

Certains cavaliers constatent qu'ils ne progressent plus. Malgré leurs efforts, ils ont l'impression de stagner et même parfois de régresser, et ceci bien qu'ils aient souvent de bonnes compétences.

Très souvent, on peut se rendre compte que ces personnes montent toujours dans un contexte qui change peu : ils montent de la même manière, dans la même discipline, souvent le même cheval, au même endroit. Ils prennent des leçons avec le même enseignant.

C'est comme un musicien qui jouerait toujours la même partition. Au début, il joue avec quelques fausses notes, puis il joue de mieux en mieux. Il s'améliore, mais au bout d'un moment, il ne fera rien de plus. Il joue bien, mais il est limité à un morceau. S'il essaie de jouer une autre partition, il joue beaucoup moins bien, et ceci l'encourage à se contenter de son répertoire habituel.

Si vous faites toujours la même chose, il en sortira toujours la même chose. Peut-être quelque chose de bien, mais il arrivera toujours un moment où il n'y aura plus de progrès.



Pour progresser, il faut faire quelque chose de nouveau, mais ceci impose par définition de sortir de sa zone de confort. Innover est inconfortable. Il est nécessaire d'explorer de nouveaux territoires, de vivre des expériences nouvelles. Dans cette exploration, il y aura des errances, des difficultés et des erreurs.

On apprend aux gens qu'ils ne doivent pas faire d'erreur. Il faut être parfait, performant, toujours au meilleur de soi-même. Alors, les gens ont peur de prendre des risques. Ils peuvent avoir peur du regard des autres.

La plus grande erreur, c'est de faire l'erreur de ne pas vouloir faire d'erreurs.

Il n'y a que le cheval qui peut juger de ce que vous faites avec lui. Au final, dans la relation qu'il y a entre un cheval et vous, il n'y a que votre cheval et vous qui ont de l'importance. Les opinions des personnes extérieures n'ont au final aucune véritable importance, ni en bien, ni en mal. Il me semble même que se préoccuper du jugement des autres ne peut qu'interférer dans votre relation avec le cheval, que ce soit pour rechercher leur approbation ou pour éviter leurs critiques.

Parfois, le pire juge que les personnes redoutent, c'est eux-mêmes. C'est un problème lié à notre ego. Parfois nous avons un ego surdimensionné, et nous ne pouvons pas faire quelque chose qui pourrait briser l'image que nous avons de nous-mêmes. Parfois, c'est l'inverse, et nous avons une image négative de nous-mêmes, ce qui brise notre confiance. Dans les deux cas, notre ego se met entre nous et le cheval ; il nous bloque pour explorer de nouveaux territoires et donc nous empêche de progresser. Quand on identifie que notre ego est un obstacle, nous pouvons surmonter cet obstacle.

Aussi, certaines personnes ont peur d'expérimenter de nouvelles choses car elles peuvent avoir peur de mal faire vis à vis de leur cheval et de lui nuire. Je ne crois pas que les chevaux soient si fragiles que ça. Si vous êtes à l'écoute du cheval, vous verrez bien dans ce que vous faîtes, ce qui fonctionne bien et ce qui fonctionne mal, et vous adapterez votre comportement.

Enfin, beaucoup de personnes veulent suivre une méthode ou veulent observer ce que d'autres personnes leur ont appris. Ils ont reçu un savoir, souvent depuis plusieurs années, et ils l'ont adopté à un tel point, que ce savoir représente une Vérité qui ne peut être remise en question. Quand on débute en équitation, il est normal de suivre un enseignement donné et de l'observer fidèlement. Mais il arrive un stade où, pour progresser, nous devons remettre en question ce qu'on a appris et le confronter avec d'autres enseignements. Par la suite, grâce à l'expérience acquise on peut écouter notre intuition pour développer notre propre façon de faire.

Si vous ne progressez plus, c'est une bonne nouvelle, car vous  êtes arrivé à un stade dans votre progression. C'est un pallier qui vous indique qu'un changement est maintenant à votre portée, si vous savez l'identifier. Il n'y a que vous qui pouvez identifier ce changement et l'embrasser sans crainte.

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lundi 19 mars 2018

Concentré et relaxé

Confronté à une situation d'inconfort, le cheval cherchera comment regagner le confort. Il pourra essayer plusieurs choses, jusqu'au moment où une action lui permettra de gagner le confort. Si nous offrons le confort au bon moment, c'est -à-dire quand le cheval prend la décision que nous souhaitons, alors le cheval va apprendre à faire ce que nous attendons. Pour que cet apprentissage fonctionne, le cheval doit gagner le confort immédiatement pour associer le confort à sa décision.

C'est une grande motivation pour le cheval que d'être récompensé aussitôt qu'il prend la bonne décision, tout comme il peut comprendre que la mauvaise décision apporte de l'inconfort. L'important est qu'il ait une rétroaction instantanée et claire : chaque réussite ou chaque difficulté se traduit aussitôt par un résultat lui permettant d'ajuster son comportement. Quand c'est le cas, il aura le sentiment qu'il peut, grâce à ses décisions, réussir à gagner le confort.


Quand la situation est compréhensible pour le cheval et qu'il a assez de liberté d'action pour parvenir à trouver son chemin vers le confort, alors il sera motivé et concentré pour y parvenir. La motivation sera présente si l'exercice n'est à la fois pas trop facile pour le cheval, mais pas trop difficile non plus, ce qui serait décourageant. Ces conditions réunies, il pourra trouver dans l'activité une satisfaction allant au-delà de la simple obtention du confort. Le cheval peut alors être totalement absorbé par ce qu'il fait, calme, sans anxiété.

C'est cet état mental fait à la fois de concentration et de relaxation qu'il est désirable d'amener chez le cheval.

C'est un état dans lequel le cheval est activement engagé. Il ne peut émerger de la soumission ou du conflit


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lundi 29 janvier 2018

Dominer ou obtenir la confiance ?

Parfois, on entend qu'il est légitime de dominer le cheval car les chevaux eux-aussi, à l'état naturel, se domineraient les uns les autres dans une hiérarchie stricte au sein du troupeau. A cette image, le cavalier et son cheval serait un «troupeau» de deux individus dans lequel l'être humain aurait bien sûr le rôle de «chef». Il faudrait donc dominer son cheval, sinon, comme le troupeau se doit d'avoir un chef, alors ce serait le cheval qui prendrait le dessus, devenant le «dominant» à notre place.

On peut cependant se demander si l'hypothèse de base est exacte : avons-nous bien une hiérarchie dans le troupeau? Le troupeau est-il une petite armée avec son général, ses colonels, sergents et simples soldats?

Le troupeau n'est pas une armée, mais une famille composée d'individus. Il y a un étalon, parfois deux, les juments, les jeunes et les poulains. Il y a aussi des bandes de mâles célibataires qui ont leur propre structure, mais concentrons-nous ici sur notre troupeau familial.



Le but premier de chaque cheval est-il de grimper dans une hiérarchie pour pouvoir gouverner les autres? Certainement pas. le but du troupeau est de survivre et d'assurer la reproduction. Les chevaux sont avant tout animés par leur instinct de survie. La survie du troupeau ne passe pas par l'instinct de compétition, mais au contraire par la coopération.

Dans le troupeau, il y a différents individus, avec chacun leur caractère, leur tempérament, leur expérience, leurs compétences. Il y a entre chaque membre des relations familiales précises, mais aussi des affinités naturelles. Tout ceci forme des relations sociales complexes, plus subtiles qu'une simple hiérarchie.

Le troupeau pour sa survie doit assurer sa cohésion. En cas de menace, le troupeau doit pouvoir fuir en restant soudé, synchronisé, mais aussi en respectant une distance entre ses membres pour éviter de se gêner. Alors qui prend les décisions? Qui décide de fuir en cas de menace? Qui décide où chacun doit se placer dans le groupe pour fuir en bon ordre? Qui décide où aller quand il faut se déplacer?  Le troupeau n'a-t-il pas besoin d'un chef pour décider pour le groupe?


Soudés et Synchronisés


Prenons l'exemple de la menace. C'est généralement l'étalon qui se place légèrement à l'écart pour surveiller le reste du troupeau. Les juments mangent davantage pour pouvoir allaiter. Si l'étalon perçoit quelque chose, il va se mettre en position d'alerte, la tête haute, les oreilles dirigées vers la menace, l'odorat en éveil. Son inquiétude va se communiquer au reste du troupeau en un instant. Les membres vont se regrouper, s'organiser pour être prêt à la fuite, laissant généralement l'étalon s'interposer par rapport à la menace perçue.

Il reste à décider si la menace est sérieuse et s'il faut lancer la fuite, ou si finalement, il n'y a pas de danger et qu'il est alors inutile de dépenser de l'énergie pour rien. Ce n'est pas un poulain sans expérience qui donnera le signal du départ, car il ne sait pas distinguer un puma d'un lièvre. Mais n'importe quel membre en lequel les autres ont confiance peut enclencher la fuite, et les autres suivront. Le troupeau n'attend pas la décision d'un chef. C'est un membre qui initie le mouvement et  les autres le suivent s'ils ont confiance dans le fait que c'est nécessaire à leur survie. Non seulement, il n'y a pas de chef unique qui donne toujours l'ordre, mais aucun cheval ne force un autre cheval à faire quoi que ce soit : dès que la fuite démarre, le groupe reste uni car il en va de sa survie face à un prédateur.

L'être humain aimerait identifier un chef suprême dans le troupeau, soit l'étalon, soit une jument dominante (nommée la «jument alpha»). Ceci aiderait à justifier que le cavalier soit légitime pour dominer le cheval, reprenant à son compte une relation naturelle au sein du troupeau. Cependant cette interprétation est inexacte. Ce qui est important pour le cheval, c'est l'instinct de survie. Plutôt que d'un « patron » qui le domine, il a besoin d'avoir confiance en nous et sera prêt à nous suivre quand c'est le cas.

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mardi 16 janvier 2018

Communication silencieuse

La communication silencieuse des chevaux

Les êtres humains communiquent entre eux par la parole. Du moins, c'est ce que nous croyons, car, sans que l'on y prête toujours attention, la communication non verbale est toujours présente. Si nous rencontrons quelqu'un, nous serons sensibles à la posture de son corps, à sa démarche, aux gestes de ses mains, à l'expression de son visage... et nous allons adapter notre comportement et notre discours en fonction, souvent inconsciemment.

Pour le cheval, qui n'est pas doué de la parole, la communication repose peu sur les sons. Il est vrai que le cheval peut hennir, couiner, ronfler, s'ébrouer... et c'est ce mode de communication qui sera le plus visible pour nous, car nous communiquons aussi avec les sons.

Cependant, le cheval communique davantage silencieusement, et c'est justement ce mode de communication que nous remarquons le moins, alors qu'il est le plus important.


Observer pour apprendre

Pour comprendre leur langage, rien de tel que l'observation d'un groupe de chevaux. On pourra alors voir qu'entre les chevaux, la communication est fréquente.

Chacun sait que la position des oreilles est importante et chaque cavalier comprend vite ce que veut dire un cheval quand il couche ses oreilles en arrière. Des signes de ce type sont très nombreux.

Sur sa tête, on peut aussi observer les yeux : leur forme est importante, selon que l’œil est en amande, signe de détente, ou rond, signe de tension. Le fait de cligner les yeux est aussi un message.

La bouche est aussi importante, car elle peut être détendue ou crispée. Elle peut mâchouiller ou laisser sortir la langue. Elle peut s'ouvrir et se fermer rythmiquement («snapping»).

On pourra aussi observer les muscles du visage et comment ils se tendent sous la peau. Les naseaux peuvent aussi changer de forme, et s'arrondir sous la tension.

La tête et l'encolure peuvent être fixes ou bouger ou être secouées. La tête peut être en l'air, à l'horizontale ou vers le bas. L'encolure peut s'arquer, se tendre vers le bas, se relâcher... Le cheval peut tourner la tête d'un côté, ou même tourner toute l'encolure.




La queue peut être relâchée, dressée ou rabattue entre les postérieurs.

Le corps peut se positionner relativement à un autre cheval à différentes distances et de différentes manières : frontalement, latéralement, ou il peut présenter ses postérieurs. Il peut s'approcher d'un autre cheval directement, par un arc de cercle, en allant sur l'avant, sur le côté ou sur l'arrière de l'autre cheval.

Un cheval peut taper des antérieurs, se cabrer, ruer, se rouler... Il peut mordre dans les airs, bailler...

Il peut manger, déféquer ou uriner. Il peut se gratter, par exemple en frottant la tête sur un antérieur ou en se mordant les flancs. Il peut aussi gratter un congénère, le mordiller, le pousser du museau, le renifler. L'odorat et le toucher sont aussi des sens importants pour la communication.

Il peut désigner un objet ou une direction avec son museau.

On peut penser que certains de ces gestes ne sont pas de la communication, et c'est exact que ce n'est pas toujours le cas. Un cheval peut cligner les yeux, déféquer ou secouer la tête sans qu'il s'agisse de communication, mais dans certains cas, c'est aussi un mode de communication.

Ce qui permet d'interpréter la communication c'est de reconnaître un ensemble de signes qui prennent un sens ensemble, dans un contexte. Les signes peuvent être donnés simultanément ou se succéder. Avec le temps, on perçoit ces ensembles globalement.

Par exemple, un cheval qui va aborder un cheval inconnu peut commencer par montrer des signes visant à apaiser de possibles tensions. Il peut cligner des yeux, détourner la tête, mastiquer, etc.  C'est un peu comme nous-mêmes quand nous rencontrons quelqu'un : on va sourire brièvement, détourner le regard pour ensuite regarder la personne... ceci même avant de dire «bonjour».

Si la tension se renforce et que le cheval n'est pas à l'aise, le cheval peut commencer à se donner une contenance en se grattant, en reniflant quelque chose, en mangeant ou en faisant semblant de manger de l'herbe.

Si la tension monte encore d'un cran, le cheval peut par exemple montrer des signes de peur : yeux arrondis qui laissent montrer le blanc, bouche fermée et crispée, oreilles tendues, narines arrondies. L'encolure est tendue et la tête est en position haute. La queue est en l'air ou rabattue entre les postérieurs. Si ce n'est pas la peur mais l'agression qui l'anime, il peut taper des antérieurs, mordre l'air, se tourner et ruer en direction de l'autre cheval. La peur et l'agression sont parfois liées, car un cheval qui a peur va souvent chercher à retrouver du confort en utilisant des signes agressifs pour que l'autre cheval s'éloigne.

Si la tension devait monter encore, le cheval pourrait alors avoir une réaction de fuite ou s'il ne peut pas fuir, il aura probablement un comportement d'agression.

Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres pour illustrer le langage du corps des chevaux.
 



Communiquer avec d'autres espèces

Ce langage, le cheval va aussi l'utiliser avec les autres êtres vivants: les vaches, les moutons, les chiens... Si le cheval est précieux dans le travail du bétail, c'est que c'est un expert pour le comprendre et anticiper ses réactions.

Ce langage, le cheval va aussi l'utiliser avec nous.

Si un cheval peut facilement «lire» un être humain et comprendre son état d'esprit et son état émotionnel, c'est grâce à sa faculté de communication non verbale. Nous-même, nous n'avons pas la même faculté innée de compréhension de ce langage.

Si nous ne pouvons pas remarquer ou interpréter les signes que les chevaux nous envoient, alors deux choses vont se produire.

La première est que comme on ne le comprend pas, le cheval ne fera pas d'effort pour communiquer avec nous, puisque c'est inutile. La seconde est que le cheval peut avoir des comportements excessifs et même dangereux qui auraient été évitables si on avait compris les signes qu'il avait envoyés au préalable pour les prendre en compte avant que la tension ne monte trop.

Ce cheval désigne le bac à grains
Il s'assure de la compréhension
Attente de la «livraison»














Si nous voulons mieux comprendre le cheval, nous pouvons essayer d'apprendre à porter plus attention aux différents signes qu'il émet. Il suffit d'observer et nous pouvons progressivement développer nos capacités à comprendre ce langage.

Plus notre compréhension s'affine, plus nous allons ressentir ce que ressent le cheval et adapter notre comportement en conséquence. Même si notre compréhension est imparfaite, le cheval va alors reconnaître notre capacité à mieux le comprendre et ceci va l'inciter à davantage essayer de communiquer avec nous.

Ainsi nous allons augmenter notre empathie pour le cheval : notre capacité à ressentir ce qu'il ressent et pourquoi. C'est ce qui peut nous permettre d'anticiper les réactions du cheval et de l'aider mieux et plus tôt.

Communiquer en retour

Une fois que nous comprenons mieux ce langage du corps, nous sommes alors en mesure de pouvoir l'utiliser nous-même pour mieux être compris du cheval. Ceci demande de l'expérimentation et du temps. C'est sans doute dans le travail en liberté que cette expérimentation peut le mieux se faire, mais c'est aussi parfois simplement en allant chercher votre cheval au pré.

Le cheval est un animal social. Communiquer est pour lui naturel et important. Le cheval nous comprend souvent mieux que nous ne le comprenons. La véritable communication doit fonctionner dans les deux sens et c'est pour ceci que nous devons développer nos facultés de communication non verbale. La communication engendre la communication et nos efforts en la matière seront récompensés.

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mardi 2 janvier 2018

La confiance avant tout

Quand un cheval a un problème, on veut directement travailler sur le problème.

Par exemple, si un cheval ne veut pas monter dans le van, on travaille avec lui pour le convaincre de monter dans le van. Peut-être qu'il suffit d'un peu d'encouragement et de patience, et il va monter. Mais peut-être est-ce plus sérieux et qu'il n'a absolument pas confiance dans le van. Alors, malgré nos efforts, il refuse de monter. Dans ce cas, si le cheval n'a pas confiance dans le van, c'est qu'il a eu une mauvaise expérience dans le passé alors qu'on voulait l'embarquer.



Quand le cheval a eu une mauvaise expérience en lien avec une situation donnée,  il n'aura pas confiance dans cette situation quand elle se représentera. Si son instinct de survie l'a conduit à penser qu'il était menacé, alors il se sentira menacé avec la même intensité à chaque fois que la situation se reproduira. Ceci peut aller jusqu'à la panique, que la menace soit réelle ou non.

Le cheval doit avoir confiance dans trois domaines: dans son environnement, dans la personne et dans lui-même.  Les trois peuvent se renforcer mutuellement. Ils peuvent aussi s'affaiblir mutuellement.

Si un cheval  n'a pas du tout confiance dans une situation donnée, comme de monter dans un van et qu'il n'a pas assez confiance dans la personne, alors il n'aura pas non plus confiance dans lui-même. Ceci conduira sur une situation de blocage.

Pour sortir de l'impasse, le mieux est de simplement changer d'environnement.

En travaillant dans un environnement dans lequel le cheval a plus confiance, il sera dans un état d'esprit positif. En évitant l'environnement causant le problème, il sera possible de vivre des expériences positives avec le cheval dans des situations diverses. Ces expériences peuvent parfois représenter des défis pour le cheval, mais elles doivent toujours permettre au cheval d'être en situation de réussir. Le rôle de la personne est de guider et de soutenir le cheval pour lui permettre de réussir.

Seules des expériences positives vécues avec la personne permettront au cheval d'avoir confiance dans la personne. C'est progressivement ce qui lui permettra d'avoir plus confiance dans son environnement en général et enfin, d'avoir plus confiance en lui-même.

À ce moment, si on revient à la difficulté initiale, le cheval n'aura pas plus  confiance dans la situation, mais il aura maintenant plus confiance en nous et en lui. Il aura alors avec notre soutien tous les moyens pour surmonter le problème, et prendre confiance dans cet environnement problématique.

C'est parfois en ne travaillant pas directement sur le problème que l'on peut arriver à le résoudre.

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samedi 16 décembre 2017

Le meilleur endroit

Quand on monte son cheval en extérieur, et que l'on se retrouve dans une situation difficile, potentiellement dangereuse, il est important que le cheval soit avec nous et non contre nous.

C'est une des raisons pour lesquelles il est important de faire en sorte que le cheval pense que le meilleur endroit pour lui, c'est d'être avec nous.

Pour ceci, il doit penser qu'être avec nous, c'est l'assurance du confort et surtout de la sécurité.

Même si les choses vont mal, que le cheval a peur, si nous sommes le meilleur endroit pour lui, il restera avec nous et pendra sur lui pour affronter les difficultés à nos côtés. Si nous savons alors dans une situation difficile conserver notre assurance et notre calme, il saura en faire autant. On pourra alors prendre les choses en main, et il sera à notre écoute et nous suivra.



Si au contraire nous n'avons pas sa confiance, si nous ne représentons pas la sécurité, alors en cas de difficulté, il sera susceptible de penser que pour assurer sa survie, il doit uniquement compter sur lui-même et nous sur nous. C'est alors qu'il aura une réaction qui pourra transformer une situation de danger en un accident.

C'est une des raisons importantes qui font que je ne crois pas à l'utilisation des punitions, de la peur ou de la force avec les chevaux. Parfois, cela peut sembler efficace dans l'instant, mais ce qui est sûr c'est que, ainsi, on n'amène pas le cheval à penser que le meilleur endroit pour lui, c'est d'être avec nous.

On peut vouloir que le cheval réponde à nos demandes, mais il est plus important de faire en sorte que le cheval soit avec nous quoi qu'il arrive. Ceci n'est possible que s'il est notre ami et que nous sommes son ami.

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