jeudi 5 octobre 2017

Le rôle des mains dans le travail au sol

Dans le travail au sol du cheval, quand on utilise une longe et un licol, chacune de nos mains a un rôle précis. Il y a la main qui mène («leading hand») et il y a la main qui stimule («driving hand»).

La main qui mène permet de diriger le cheval en lui indiquant où il doit aller. Si on veut envoyer le cheval vers la gauche, c'est notre main gauche qui, sur la longe, est la main qui mène. Il doit être juste nécessaire de tendre le bras gauche dans la direction où le cheval doit aller, et il doit sans résistance suivre notre main.

Si on veut ensuite envoyer le cheval vers la droite, c'est la main droite qui devient la main qui mène. Si le cheval change de sens, les mains échangent leurs rôles, et donc échangent aussi leurs positions sur la longe.

La main qui mène


La main qui stimule crée de l'énergie au moyen d'une pression qui est dirigée vers une partie du corps du cheval. Pour créer cette pression, la main qui stimule peut prendre la fin de la longe, environ un mètre avant son extrémité. Il est alors possible de faire tournoyer la longe ou de tapoter le cheval avec.

Si on envoie le cheval vers un côté, la main qui stimule est en soutien de la main qui mène. C'est-à-dire qu'on utilise déjà la main qui mène seule. Si le cheval n'avance pas ou résiste, et donc ne suit pas notre main, alors la main qui mène ne doit pas tirer davantage mais juste maintenir la pression. C'est le cheval qui doit trouver qu'en se décidant à suivre notre main qui mène, alors la pression cesse immédiatement. Cependant si le cheval bloque ses pieds, la main qui stimule peut créer l'énergie l'aidant à réagir et à trouver la solution.

Un observateur peut plus facilement remarquer l'action de la main qui stimule à l'aide de la longe que la main qui mène qui est immobile. Il peut alors conclure à tort que c'est la main qui stimule qui formule la demande et croire que l'action démarre avec cette main. Il n'en est rien : la demande vient de la main qui mène et la main qui stimule n'intervient en soutien que si c'est nécessaire.

L'objectif est que l'on doit pouvoir diriger le cheval avec la main qui mène seule, et que le cheval suive notre main sans que jamais la longe ne se tende.

C'est une aide pour le cheval si on utilise un licol en corde, fabriqué avec une corde de 6mm ou 8mm de section, car avec un licol plat un cheval peut plus facilement s'appuyer dessus sans inconfort et développer une résistance. C'est aussi une aide pour lui, si la longe est une corde de bonne qualité, de 14mm de section. Une corde de bonne qualité pèsera plus lourd et le cheval saura plus facilement sentir son action sans qu'il soit nécessaire de la tendre. Une longe de 5m de long est suffisante pour la majorité des exercices au sol.

La main qui stimule aura une action différente selon la partie du corps du cheval vers laquelle la pression s'exerce et selon la position de notre main par rapport à son corps. Dans le travail au sol, en utilisant un «drapeau», formé d'une tige d'environ 1m50 avec au bout un sac plastique attaché, on aura plus de possibilités. On a alors comme un bras «télescopique» et il est possible de stimuler le cheval depuis des positions plus variées.

La main qui stimule peut utiliser un drapeau


Si on utilise un licol et une longe, et éventuellement un drapeau, on ne doit pas penser que ces accessoires s'utilisent de manière mécanique pour tirer ou pousser le cheval dans un sens ou un autre. Il s'agit avant tout d'outils de communication avec le cheval. Si, au travers de ces outils, l'usage de la pression est nécessaire, c'est pour amener le cheval à comprendre comment il doit répondre à nos demandes. Plus sa compréhension progresse, moins la pression est nécessaire.

Dans le travail au sol, on s'adresse donc avant tout au mental du cheval.  L'objectif n'est pas de dérouler des exercices «scolairement», mais de construire la relation avec le cheval.

Si au sol, le cheval suit votre main sur la longe sans résistance, il pourra suivre vos mains sur les rênes sans résistance une fois monté. S'il est souple, léger et détendu au sol, s'il est à votre écoute, s'il est confiant et volontaire, si vous pouvez contrôler ses pieds et les différentes parties de son corps, alors vous pourrez retrouver tout ceci quand vous le monterez.

La relation avec le cheval instaurée au sol pourra se transposer dans le travail monté.


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dimanche 17 septembre 2017

Quand et comment aider le cheval ?

Si le cheval répond bien à notre demande, alors essayons de nous maintenir à l'écart pour ne pas le gêner. En le laissant libre au maximum, il effectuera la manœuvre souhaitée avec plus d'énergie et de franchise.

Bien sûr, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Quand le cheval a besoin de soutien, nous devons agir. S'il fait quelque chose d'autre que ce que nous souhaitons, nous devons agir aussi.

Il est normal qu'un cheval ait parfois besoin d'aide. Tout comme il est normal qu'on corrige ce qu'il fait car ce n'est pas ce que nous souhaitons.

Quand et comment aider le cheval ?



Si nous aidons un cheval en permanence, ce n'est plus de l'aide : nous essayons de faire à sa place et de contrôler à l'excès le moindre mouvement.

De même, si nous corrigeons en permanence le cheval, comment peut-il apprendre à faire bien si on lui dit sans cesse qu'il fait faux?

Si on souhaite que le cheval apprenne à se prendre en charge, si on souhaite qu'il exprime sa personnalité avec brillant, alors on doit avoir pour objectif d'agir le moins souvent possible, tout en agissant à bon escient quand c'est nécessaire.

Pensez que si vous avec un travail à faire, ce serait pesant d'avoir quelqu'un qui guide la moindre de vos actions et qui corrige le moindre commencement d'erreur. Vous seriez ou agacé ou rapidement démotivé. Par contre si vous êtes libre de faire les choses comme bon vous semble mais que vous commencez à vous mettre dans le pétrin, alors vous accueillerez une aide extérieure avec reconnaissance.

Si nous sommes trop exigeants sur le résultat dans l'instant présent, alors nous sommes tentés de trop contrôler le cheval. Dans ce cas, nous faisons aussi en  permanence des micro-corrections discrètes visant à maintenir le cheval dans une «bonne position» ou dans le «bon mouvement». Peut-être est-il préférable de lui laisser plus d'autonomie quitte à le laisser se tromper. Sans doute le résultat immédiat semblera moins bon si le cheval se trompe, mais c'est une occasion pour lui d'apprendre et il sera motivé pour le faire.

En agissant moins, le cheval a plus de confort la majorité du temps. Alors quand vous agissez, il est plus réceptif car vos actions sont plus rares. Il est aussi motivé pour être à votre écoute afin de pouvoir retrouver le confort dont il bénéficiait.

Aider ou corriger moins souvent, mais plus clairement, sera plus efficace et plus agréable pour le cheval. Il apprendra aussi plus vite ainsi et sera plus à votre écoute.

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samedi 2 septembre 2017

A l'intérieur du cheval

Si votre objectif est que systématiquement le cheval réponde toujours de la manière attendue à vos demandes, alors vous n'attendez pas que votre cheval utilise son cerveau.

Vous demandez, il réagit, sans avoir de latitude, ni sur le fait de faire ou de ne pas faire, mais aussi, en ayant souvent peu d'autonomie sur la manière de faire. On ne demande pas au cheval de réfléchir, d'apprécier une situation, de faire preuve d'autonomie ou d'exercer un choix : il doit juste réagir d'une manière convenue  à une sollicitation. Et il doit le faire sans qu'on ait à se préoccuper de ses sentiments et de son état d'esprit.

La seule question est de savoir comment mettre en place le comportement attendu, et c'est l'objet du dressage des chevaux. La science s'est mise au service de cet objectif avec les principes d'apprentissage du béhaviorisme.

Aujourd'hui, le monde équestre connaît et utilise de plus en plus ces principes et ces concepts: conditionnement opérant ou pavlovien,  renforcements positifs et négatifs, stimuli appétitifs et aversifs, renforçateurs primaires et secondaires, «shaping», etc... Le seul débat semble être de savoir s'il faut utiliser plus le renforcement positif que le négatif ou inversement, ou de savoir équilibrer les deux.

Ces principes d'apprentissage sont démontrées par la science et ils sont efficaces en pratique. Il faut cependant en comprendre les limites et les implications.

Certains semblent penser que le cheval est trop limité pour apprendre autrement. Une véritable cognition serait l’apanage de l'homme qui lui est bien au-dessus du conditionnement.

La première chose et que l'homme apprend aussi par conditionnement. Dans notre voiture, le «bip-bip» insistant qui résonne quand on n'a pas mis notre ceinture de sécurité est un stimulus visant à nous conditionner. Et cela fonctionne, car nous avons tous appris à mettre notre ceinture sans y penser. Ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres pour montrer que ces principes s'appliquent aussi à nous.

De manière évidente, nous ne sommes pas limités à ce type d'apprentissage. Nous pouvons aussi utiliser notre raisonnement, notre mémoire, apprendre au contact d'autres personnes, utiliser notre libre arbitre et décider en fonction de ce que nous souhaitons.

Alors, pourquoi les chevaux seraient limités aux principes d'apprentissage du béhaviorisme? Pourquoi, eux aussi, ne pourraient-ils pas réfléchir et faire des choix? Apprendre en explorant par eux-mêmes ou au contact des autres chevaux ?

A quoi pense un cheval?

Par principe, le béhaviorisme s'appuie sur des expériences où l'on mesure des comportements observables. On ignore volontairement les processus psychiques de l'animal, qui étant «internes», ne sont pas observables. C'est une démarche rigoureuse, mais ne pas faire de supposition sur les processus psychiques car on ne peut les observer, n'implique pas que ces derniers n'existent pas.

Avec les progrès scientifiques des neurosciences, on approfondit notre connaissance du cerveau et de son fonctionnement. Les appareils d'imagerie médicale modernes comme l'IRM ou la tomographie par émission de positrons (PET), permettent maintenant d'observer le fonctionnement du cerveau. Ceci ouvre la voie pour étudier les processus cognitifs des animaux. Déjà, on sait mettre en évidence que les animaux pensent et que leur cerveau présente des similarités avec le nôtre.

La science n'est pas immuable et progresse. Ce n'est pas par ce qu'aujourd'hui elle ne fait que commencer à étudier la cognition animale que l'on doit l'ignorer.

Si on peut utiliser le conditionnement avec nos chevaux, se limiter au behaviorisme au nom de la Science, c'est se limiter aux comportements du cheval, à ce qu'on observe «à sa surface».

Je souhaite que le cheval réponde à mes demandes, mais je souhaite aussi prendre en compte ce qui se passe en lui : ce qu'il pense, ce qu'il ressent. Il est important de le laisser explorer et réfléchir, de lui laisser une marge d'autonomie. Il peut répondre à nos demandes, non uniquement par conditionnement, mais aussi parce qu'il décide de le faire. Si nous pouvons lui apporter le confort et la sécurité, il sera motivé à le faire.

Plus on compte sur le conditionnement, moins le cheval utilise son cerveau. Il peut alors être capable de réagir correctement aux demandes apprises dans les conditions habituelles, mais il pourra se sentir dépourvu dans une situation inhabituelle, car il ne sait plus réfléchir. C'est pourquoi, parfois même les chevaux les mieux dressés peuvent «exploser» dans une situation nouvelle pour eux.

Plus un cheval utilise son cerveau, comme d'ailleurs il le fait naturellement à l'état sauvage pour assurer sa survie, plus il sera capable d'aborder un large éventail de situations avec confiance. Plus il sera aussi capable d'avoir une relation riche avec son cavalier. C'est un point à considérer dans l'éducation de nos chevaux.

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Quelques ouvrages pour aller plus loin:
Evidence-based horsemanship. Dr Stephen Peters & Martin Black, Ed. Wasteland Press.
Equus Lost? Francesco de Giorgio. Ed. Trafalgar Square Books.
Comment pensent les chevaux. Michel Antoine Leblanc, Ed. Belin.
Aussi
http://www.animalcognition.org/